La peste en Egypte (1349).

Traduit de l’arabe par Wiet (G.), La grande peste noire en Syrie et en Egypte, dans Etudes d’orientalisme dédiées à la mémoire de Levi-Provençal, t I, Paris, Maisonneuve et Larose, 1962, p. 373.

Dans tout le Delta, les corps gisaient sur les chemins, car on ne trouvait personne pour les enterrer. A Mahalla, la mortalité fut si forte que le préfet ne recevait plus les plaignants, et le cadi requis pour une signature destinée à la validation d’un testament ne pouvait se procurer des témoins qu’au prix d’énormes difficultés, par suite de leur nombre infime. Les hôtelleries n’étaient plus gardées.

L’épidémie s’étendit à toute la campagne, au point que presque tous les fellahs moururent. On ne pouvait trouver personne pour faire rentrer les cultures. Les riches se dégoutèrent de leur fortune et la distribuèrent aux pauvres. Le vizir Mangak envoya dans la Garbïya l’administrateur des finances Karïm al-dïn et le directeur du personnel viziriel Muhammad ibn Yüsuf, avec des employés : ils firent une tournée à Sunbät, Samannüd, Büsir, Sanhür, Absiya et les villages environnants : ils avaient à percevoir des sommes importantes, mais ne recueillirent que soixante mille dirhems.

La population de Bilbais et des autres localités de la Sarqïya ne purent faire emmeuler leurs récoltes à cause de la grande mortalité qui avait sévi parmi les fellahs. L’épidémie avait éclaté parmi eux au début de l’été, soit pendant le cours du mois de rabï II (juillet). Les chemins furent pleins de cadavres, les gens vivant sous la tente avaient péri avec leurs troupeaux et leurs chiens : les appareils élévatoires à roues cessèrent de fonctionner. Avec le bétail et les bêtes de somme périt la majeure partie des dromadaires du sultan et des émirs. A Bilbais, les mosquées, les hôtelleries, les boutiques étaient pleines de cadavres, sans qu’on pût trouver quelqu’un pour les enterrer. Les marchés devinrent déserts, car personne ne pouvait s’y tenir, et les rares vendeurs existants encore s’installèrent dans les vergers. Il ne restait plus un seul muezzin. Les cadavres étaient jetés contre la Grande Mosquée, et les chiens en faisaient leur pâture. Un grand nombre des habitants émigrèrent au Caire.

Les jardins et les sakiehs (noria égyptienne mue par des bœufs qui tournent en manège) de Damiette furent abandonnés ; les arbres se desséchèrent par suite de la mort des propriétaires et de leurs bêtes. Les boutiques restaient ouvertes, pleines de vivres, mais sans vendeur ; les demeures étaient vides.

 

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