Couvreurs

(D'après un texte paru en 1881)

Les couvreurs se distinguent en ce qu'ils ne fabriquent rien et mettent simplement en place les produits d'industries très distinctes. Aussi n'est-il peut-être pas mauvais, avant de parler des couvreurs considérés en tant que corps de métier, de dire quelques mots des matériaux qu'ils emploient et de la façon de les mettre en œuvre.

Couvreurs au IXe siècle, d'après une miniature du Psautier d'or de Saint-Gall Une fois que les derniers chevrons sont cloués sur la charpente, le couvreur cloue à son tour des lattes, petites pièces de bois assez longues et étroites, en ayant soin de laisser entre chacune d'elles un certain intervalle. Ces intervalles sont ensuite remplis par du mortier. Cet assemblage de lattes et de maçonnerie se nomme le garni de la toiture. Cette méthode avait le défaut de charger la charpente. Aussi fit-on quelquefois usage de nattes de joncs, qui, goudronnées, empêchaient toute infiltration des eaux. Mais c'était là un système très dangereux en cas d'incendie.

 Par-dessus les lattes, on place des tuiles, dont les dimensions, la forme, la matière, ont beaucoup varié au Moyen Age. Les plus fréquemment employées ont été, bien entendu, les tuiles en terre cuite. On faisait même des couvertures en tuiles de terre de plusieurs couleurs ; du moins, de nombreuses miniatures permettent de le supposer. Quelques sanctuaires particulièrement vénérés reçurent même, à l'imitation de ce que faisaient les Anciens pour leurs temples, des couvertures d'or, d'argent ou de bronze. Mais ce mode de tuilage ne fut jamais que temporaire, car les toitures en métaux précieux prirent toutes, plus ou moins longtemps après leur mise en place, le chemin du creuset. Dagobert fit couvrir une partie de la basilique de Saint-Denis de plaques d'argent, que son successeur, peu scrupuleux, envoya à la fonte.

On pourrait citer vingt exemples du même fait. Les seuls tuilages métalliques qui furent respectés, furent ceux d'étain et de plomb ; leur peu de valeur était une garantie pour leur conservation.

Les tuiles furent tantôt carrées, tantôt arrondies à une de leurs extrémités, comme des écailles de poisson. C'est même sous ce nom que, jusqu'au seizième siècle, on réalisait les toitures en ardoises, dont l'usage ne paraît pas remonter très haut. La même forme d'écaille était aussi usitée pour les tuiles en bois ou aisseaux, dont l'on retrouve de nombreux exemples dans les pays scandinaves et même en France : les porches de quelques églises Bannière des couvreurs de La Rochelle (Séré, Le Moyen Age et la Renaissance, tome III) de la campagne du midi sont couverts de la sorte.

Disons maintenant quelques mots de la corporation des couvreurs, sur laquelle nous n'avons que fort peu de renseignements. A Paris, l'apprentissage durait six années ; mais, au bout de la troisième année, si l'apprenti travaillait bien, il devenait ouvrier ; et après trois nouvelles années, il était admis à faire un chef-d'oeuvre et à passer maître. A cette occasion, la corporation lui fournissait gratuitement les outils de son état.

 A Rouen, nous trouvons une organisation analogue. Quatre gardes institués par le bailli dirigeaient la corporation, « lesquels gardes se remueront chascun an le lundi après Pasques et demourra deux vieux pour adviser les autres. » L'apprentissage durait trois années seulement. Aucun chef-d’œuvre n'était nécessaire pour obtenir la maîtrise ; il suffisait que l'on fût reconnu capable par les gardes du métier, et on leur payait un droit de cinq sous, et un autre droit de dix sous au roi, c'est-à-dire à son représentant, au bailli. Comme dans tous les autres corps de métier, cette taxe était moindre pour les fils de maîtres.

Ces règlements, on le voit, n'étaient pas trop compliqués en ce qui touchait la composition de la corporation. Ils le sont plus en ce qui touche la nature des matériaux à employer dont l'inspection était confiée aux gardes.

Les outils de couvreur employés dans la couverture en ardoises

Les couvreurs ont, pour poser l'ardoise et la tailler, des outils spéciaux, notamment le marteau de couvreur appelé assette ou essette. D'un côté, il a une tête pour enfoncer les clous, de l'autre une pointe pour préparer les trous dans l'ardoise sans la casser, et enfin un tranchant qui sert à couper l'ardoise, pour lui donner la forme convenable. Le manche est rond et bien à la main pour ces diverses opérations, c'est le principal outil nécessaire aux couvertures en ardoises.

Pour s'en servir, on a besoin d'un outil complémentaire appelé enclume. L'enclume est composée d'une sorte de T en fer dont la branche d'équerre se termine en pointe aiguë, on l'enfonce dans le voligeage pour la fixer. La table sert alors pour appuyer l'ardoise et la poser pendant la confection des trous, ou la taille avec le marteau.

Enfin, pour la dépose des ardoises dans les travaux en réparation, on emploie un troisième outil nommé tire-clous. C'est une lame de fer mince recourbée à l'une de ses extrémités et munie de dents sur les côtés, mais à l'inverse des fiches de poseur de pierre. Elle permet de passer sous la tête des clous et de les arracher sans détériorer les ardoises qu'ils ont servi à maintenir ; suivant l'encoche utilisée pour ce travail, on prend un point d'appui plus ou moins éloigné sans appuyer sur l'ardoise qu'il s'agit de déposer. Indépendamment de ces outils, les couvreurs ont tous les outils ordinaires communs aux autres corps d'état.

 

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