Les îles de Paris au Moyen âge

Sur son parcours à travers Paris, la Seine n'était pas autrefois retenue par les fortes digues dans lesquelles nous la voyons aujourd'hui renfermée; elle formait donc, avec les sables et les pierres qu'elle entraînait, des atterrissements, des bancs, des îles, qui la plupart ont été emportés dans les débordements, ou réunies au rivage, ou jointes entre elles. Au Moyen âge, on en trouvait dix, dont il ne reste que deux, l'île Saint-Louis et la Cité. Ces îles, ordinairement couvertes de sable et de limon, bordées de roseaux et de saules, inondées dans les grandes eaux, étaient :

L’île de Notre-Dame (île Saint-Louis)

Détail du plan de Saint-Victor, vers 1550 Avant d’être habitée, l’île de Notre-Dame a été donnée par Charles le Chauve, en 967, à l’évêque de Paris. Elle sert alors de pâturages et d’entrepôt, reliée à la rive gauche de la Seine par une passerelle (Pont de la Tournelle maintenant).

Une fête y fut donnée en 1313 par Philippe-le-Bel; on y prêcha une croisade, et le roi, avec ses deux fils, y prit la croix.

Charles V construit, tout autour de Paris une enceinte en 1356. L’île est alors coupée en deux par un canal, l’île Notre-Dame et l’île aux vaches, qui restera inhabitée.

Durant le Moyen âge, l’île de Notre-Dame était le théâtre de duels judiciaires.

C’est vers 1640 que les premières maisons virent le jour. Pendant 30 ans, l'urbanisation fait son effet.

Les deux îles ne retrouvèrent leur unité que dans les premières années du XVIIe siècle, et devinrent alors un nouveau quartier résidentiel. Le nom de Saint-Louis lui fut donné en 1725, remplacé par celui de Fraternité pendant la Révolution.

L’île Louvier, dite aussi l’île des Javeaux

Elle tiendrait son nom de Nicolas de Louviers, prévôt des marchands en 1468-70, qui en était propriétaire ("Javiaux" provient de "javeau" qui désigne un amas de sable et de limon).

Sur le plan de Turgot (ci-dessus, 1739 ; le nord est à gauche) on peut voir au milieu de la Seine, au large du couvent des Célestins et de l'Arsenal une île qui n'existe plus aujourd'hui. Il s'agit de l'Île Louviers, ou Île des Javiaux.

L’île Maquerelle (nom de cette île en 1494) ou des Cygnes

L’île Maquerelle ou des Cygnes, reliée à la rive gauche par le « pont rouge », plan de Roussel, 1730 Ancienne île de Paris, réunie à la rive gauche de la Seine à la fin du XVIIIe siècle. Elle se trouvait au nord-ouest de l'actuel 7e arrondissement, entre la rue de l'Université et la Seine, les Invalides et le Champ de Mars, là où se situe à présent le Musée du quai Branly.

L'île Maquerelle a été constituée par la fusion de plusieurs îlots : l'île des treilles, l'île aux vaches, l'île Maquerelle, l'île de Jérusalem et l'île de Longchamp.

La pirogue en chêne assemblée avec des chevilles en sapin, découverte en août 1806 lors de la construction de la culée du pont d'Iéna, pourrait être une embarcation normande datant du Siège de Paris de 885-886.

Au XIIIe siècle, les paysans de Chaillot ont le droit de faire paître leurs vaches sur l'île Maquerelle en échange d'une redevance en espèces et en nature payée à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Le fermage est de 20 livres en 1492, et le bail de l'herbe est porté à 27 livres en 1551.

En 1572, après le massacre de la Saint-Barthélemy, on y enterre les corps de 1 200 victimes.

Elle est renommée « île des Cygnes » après que des cygnes y aient été placés par ordonnance royale du 16 octobre 1676. Le « garde-cygnes » est chargé de les récupérer « depuis le pont de Saint-Cloud jusqu'à Saint-Maur et Corbeil » pour les mettre à l'abri durant l'hiver. La maison du garde-cygnes est inventoriée dans les bâtiments du roi.

C’était une île assez grande, qu'un très petit courant d'eau séparait du rivage, et qu'on y a réunie en comblant cet espace. Cette île s'était formée par la réunion de plusieurs autres, et par des atterrissements, que l'amas des sables et les dégradations de ces petites îles avoient occasionnés. On nommait île de Grenelle celle qui faisait face à la Longue Raie ; elle s'accrut depuis par l'adjonction de l'île des Treilles, qui était au-dessus, et de l'île aux Vaches, qui était au-dessous. Dès 1494, on l'appelait île Maquerelle, nom dont on n'a pu découvrir jusqu'à présent ni l'origine ni l'étymologie. Ce lieu fut destiné, dans le seizième siècle, et par arrêt, à servir de sépulture aux pauvres décédés à l'Hôtel-Dieu ; mais cet arrêt ne fut point exécuté. Le nom d'île des Cygnes lui vient de ce qu'au commencement de ce siècle, on y avait placé quelques oiseaux de cette espèce. 

L'île de la Cité

L’Île de la Cité est formée par les méandres de la Seine. Habitée par les Gaulois Parisis dès le deuxième siècle avant J-C et occupée par les Romains de Jules César en 52 avant J-C, elle s’étend sur sept hectares, au carrefour de la navigation sur la Seine et de la grande voie romaine appelée le cardo (actuellement dans l’axe de la rue Saint Martin et de la rue Saint Jacques). Cette voie enjambait le fleuve, à l’époque romaine, à l’aide de deux ponts de bois sur pilotis : le Grand Pont (actuel Pont Notre-Dame) et le Petit Pont.

Berceau de la Lutèce gauloise, l’Île de la Cité contrôle à l’époque romaine le commerce fluvial qui, au Ier siècle de notre ère, a fait la Détail du plan de Bellefores, 1575 prospérité des nautes parisiens, en témoigne le Pilier des Nautes aux effigies gauloises et Romaines conservé au Musée de Cluny.

Dans la partie en aval, à la pointe ouest, l’Île fut fortifiée à la fin du IIIe siècle après J-C. Elle devint alors résidence impériale et administrative. Julien, dit l’Apostat, y fut proclamé empereur par ses soldats en 359-360. Valentinien Ier, autre empereur romain, s’y installa durant l’hiver 365-366. En 508, Clovis, roi des Francs, y fixe le siège de son royaume. Ce lieu restera résidence royale jusqu’à la construction du Louvre sous le règne de Philippe Auguste au XIIe siècle. Toujours à cet emplacement, Saint Louis fera construire entre 1242 et 1248 la sainte chapelle, écrin de la sainte couronne d’épines. De nos jours se dresse sur ces emplacements le Palais de Justice de la Ville de Paris. Dans ce dernier sont conservés quelques vestiges de l’ancien palais royal : les Tours Barbec, d’Argent, de César, de l’Horloge, les Salles des Gardes et de la Conciergerie.

Dans la partie en amont, à la pointe Est, le christianisme, né vers le IIIe siècle à Paris sous l’impulsion de l’évêque Saint Denis, s’affirme au cours des IVe, Ve et VIe siècles. Dans cette capitale qui prend le nom du peuple qui l’habite - Paris -, une ville sainte se construit comprenant une Eglise-Cathédrale, un baptistère, un évêché, le cloître des habitations canoniales avec des écoles épiscopales, ainsi qu’un Hôtel-Dieu pour les malades et les déshérités sur les bords de la Seine.

Au IXe siècle de petites églises sont construites sur le parvis pour accueillir les reliques menacées par les pillards normands. Vers 1100, on peut estimer la population de l’île de la Cité à 3000 habitants, y compris les clercs, les écolâtres et les serviteurs du Palais Royal.

Au XIIe siècle, Maurice de Sully, alors évêque de Paris, entreprend la construction d’une nouvelle cathédrale sur le site des deux lieux de culte antérieurs : Notre-Dame et Saint Etienne. On perce alors la Rue Neuve dans l’axe de la future cathédrale au milieu d’un dédale de ruelles, de maisons à pans de bois enserrées, ainsi que de dix-sept chapelles. La percée permet l’acheminement des matériaux de construction et relier la cathédrale à la voie nord-sud existante.

L’île aux vaches

Son nom vient du fait que ce n'était qu'un champ de pâturage, ce n'est qu'au XVIIe siècle que l’île aux vaches et l'île Notre-Dame furent réunis par Marie, entrepreneur général des ponts, avec l'aide de deux financiers: Le Regrattier et Poulletier, pour former l'île St-Louis

L’île aux Juifs (nom de cette île en 1300)

L'île aux Juifs était située à l'Ouest de l'île de la Cité, entre le jardin du Palais et le quai des Augustins: elle appartenait à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés et fut, en 1313, le théâtre du supplice de Jacques Molay, grand-maître de l'ordre des Templiers.

L’île aux Treilles

Les îles aux Treilles et de Seine étaient situées entre le pont des Tuileries et le pont des Invalides : elles contenaient ensemble 20 arpents, étaient couvertes de saussaies et d'oseraies, et furent vendues en 1645 pour être réunies à la rive gauche.

L’île du Patriarche, appelée aussi îlot de la Gourdaine (nom de cette île en 1300)

Au Moyen âge, c'était un simple îlot alluvionnaire. L’île du Patriarche était un îlot situé au nord de l’actuel square du Vert-Galant. Elle fut réunit à l’îlot du Passeur-aux-Vaches (ou « île aux Bœufs ») et l’île aux Juifs pendant la construction du pont Neuf pour former l'actuelle île de la Cité.

L'île à la Gourdaine, sur laquelle se trouvait un moulin, était près de la précédente, et fut avec celle-ci concédée par Henri IV à Achille de Harlay, qui les réunit à la Cité et en forma la place Dauphine, ainsi que l'éperon du Pont-Neuf, occupé par le square du Vert-Galant et au-dessus duquel s'élève la statue de Henri IV.

L'île du Louvre

L'île du Louvre n'était qu'un banc de sable, qui a disparu dans la construction du port Saint-Nicolas.

Commentaires (1)

1. Desbois 13/11/2011

votre site et vraiment super , très instructif, merci

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Date de dernière mise à jour : 18/06/2012

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