Chilpéric I

 

Chilpéric Ier
Roi de Soissons
« Chilpéric roy de France » par Jean Dassier (1676-1763). Buste du roi à gauche ceint d'une couronne. Bibliothèque nationale de France.

Règne
561 - 584
Dynastie Mérovingiens
Titre complet Roi de Neustrie
Roi de Paris (567-584)
Prédécesseur Clotaire Ier
Successeur Clotaire II

Biographie
Naissance 525-527
Décès septembre 584
Chelles, France
Père Clotaire Ier
Mère Arnegonde
Conjoint(s) Audovère
Galswinthe
Frédégonde
Descendance Théodebert
Mérovée
Clovis
Basine
Samson
Clodebert
Dagobert
Thierry
Clotaire II
Rigonthe
Résidence(s) Soissons, Rouen, Paris, Cambrai

Autres fonctions
Roi franc de Paris
Période
567 - 584
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Monarque
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Prédécesseur Caribert Ier
Successeur Gontran

Période
-
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Monarque
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Prédécesseur
Successeur

Chilpéric Ier « roi sauveur[1] », ch gutturale[2], hilp[n 1] (aide, secours) et ric (roi, chef)[3] en vieux francique haut allemand, que Venance Fortunat traduit en latin par Adjutor fortis (auxiliaire courageux)[4]. Il est né entre 525 - 527[5] et mort entre le 20 et le 28 septembre 584[6] à Chelles. Nommé Hilpericus par Marius d'Avenches[7] et Paul Diacre[8]. Fils d'Arnegonde et de Clotaire Ier, auquel il succède de 561 à 584, il est le deuxième roi de Soissons de la dynastie des Mérovingiens.

Biographie

La postérité

Le roi Chilpéric est dépeint par son contemporain Grégoire de Tours comme « le Néron et l'Hérode de notre temps », le présentant comme un homme intempérant et présomptueux, avide de richesses, faisant périr ceux qui en possèdent. Selon lui, il prend plaisir à ravager les campagnes, à martyriser les pauvres et accabler les clercs : Grégoire de Tours se sent humilié au concile de Berny, où il doit comparaître pour jugement auprès du roi[9]. Chilpéric aurait même inscrit dans ses ordonnances adressées aux juges que l'on arrache les yeux des personnes ne tenant pas compte de ses prérogatives. À cela, Grégoire ajoute après sa mort qu'il n'a jamais aimé personne et que personne ne l'a jamais aimé.[10]

Saint Grégoire, archevêque de Tours, et saint Salve, évêque d'Albi, devant Chilpéric Ier. Grandes Chroniques de France de Charles V, XIVe siècle. Paris, Bibliothèque nationale de France.

Pourtant, une toute autre vision de la personnalité de Chilpéric se dégage des vers du poète Venance Fortunat, un autre de ses contemporains, qui le présente comme un homme instruit et le célèbre comme un brillant guerrier et législateur : « vous réglez vos armes sur les lois et redressez les lois par vos armes », ajoutant que parmi les mérovingiens « vous l’emportez par le savoir et par la doctrine ; par la science du dogme vous êtes tel que ne fut jamais votre père. ». Selon Grégoire de Tours, il aurait rédigé un décret sur la Trinité[11] alors qu'à l’exception de Childebert Ier et de Chilpéric, qui semblent avoir eu quelques lumières sur le débat trinitaire, les rois mérovingiens se désintéressent du problème, dont ils n’exploitent que les incidences diplomatiques[12]. Son traité, stipulant que l'on nomme Dieu la Sainte Trinité, ressemble à l'hérésie du prêtre Sabellius, excommunié en l'an 217 par le pape Calixte Ier[13]. Ainsi, Grégoire rejette son traité et le roi se tourne vers saint Salve, évêque d'Albi, qui le rejette également. Il doit alors se plier à la volonté des évêques. Enfin, Venance Fortunat célèbre en lui un faiseur de vers parfaits, surpassant ainsi les autres rois de sa dynastie dans les lettres[4], même si l'évêque de Tours juge ses vers « sans mesure ni rythme ». Il est vrai que Venance Fortunat, se décrivant comme un « poète souriceau[14] » à l’affût des tables attendant que les puissants laissent tomber de bons morceaux, compose des œuvres louant les mécènes qui acceptent de financer son train de vie[15]. Par l'intermédiaire de ses décisions politiques, il montre surtout le visage d'un joueur prêt à tout miser sur la chance[16].

Le prince

Son nom ne lui est certainement donné qu'à l'âge de trois ans, âge minimum requis pour recevoir le baptême. La mortalité infantile est à l'époque si importante que les nouveau-nés ne reçoivent pas de nom immédiatement. L'attribution de ce nom, déjà donné à des rois burgondes, le père et le grand-oncle de Clotilde, a probablement été influencée par cette dernière[1]. La reine Clotilde étant encore en vie à l'époque de la naissance de Chilpéric, il se peut que le baptême ait eu lieu à Tours, appartenant alors à Clotaire, où la reine réside ainsi que les évêques burgondes Procule, Théodore et Diffinus, chassés par les Ariens[17]. Il reçoit probablement une bonne éducation, que l'évêque de Poitiers Venance Fortunat décrit en ses mots « Sur vous, douce tête, se penchèrent tous les soins de votre père[18] », basée sur le maniement des armes, l'équitation, ainsi qu'une instruction littéraire comme en témoignent les diverses anecdotes de Grégoire de Tours sur son règne : il lit la Bible et les poètes, rédige deux livres de poésie, et compose un Hymne sur la solennité de l'évêque saint Médard (Ymnus in sollemnitate sancti Medardi episcopi), dont la forme s'éloigne du modèle de l'époque classique[19]. Il parle latin, francique, et peut-être a-t-il des notions de grec[20] et d'hébreu, par le contact des Juifs à sa cour. Durant son règne, afin d'adapter l'alphabet à la phonétique germanique et de rendre des prononciations écrites en latin au moyen d'une lettre unique au lieu de plusieurs lettres[21], il tente, comme l'empereur Claude en son temps[22], d'ajouter des lettres à l'alphabet latin : la lettre grecque ω et les lettres ae, thé, uui, dont une hypothèse affirme qu'elles seraient issues de l'alphabet hébreu[23]. Cependant, les clercs de la Congrégation de Saint-Maur expliquent que ces lettres n'eurent cours que durant son règne[24]. L'art de la guerre s'apprend au cours de parties de chasse qui lui permettent de pratiquer les bases du combat, le préparant ainsi à ses futures batailles[25]. À sa majorité (quinze ans), il multiplie les faits d'armes auprès de son père : « Devant vous tremblent le gète, le vascon, le danois, l'euthion, le saxon, le breton, il est notoire qu'avec votre père vous les avez domptés en bataille rangée.[26] ». Au printemps 542, il accompagne son père avec deux de ses demi-frères, dans une campagne contre les Wisigoths, auquel s'est joint Childebert Ier. Ils s'emparent de Pampelune et assiègent Saragosse. Entre 542 et 552, il épouse Audovère « sa première reine[27] », peut-être de condition modeste[28]. Avec Sigebert, il accompagne également son père dans la guerre contre les Saxons, probablement excités par Childebert Ier, pendant que Caribert et Gontran se dirigent vers l'Auvergne pour ramener Chramn à la raison. Après le massacre des deux armées, une paix est négociée et Clotaire se dirige vers la Thuringe, afin de mener une expédition punitive contre ses habitants, qui avaient soutenu les Saxons. Lors de son retour dans ses Etats, les Saxons coalisés avec les Thuringiens, probablement les Frisons[n 2], les Danois et les Jutes[n 3] rentrent en territoire franc le long de la rive droite du Rhin jusqu'à Deutz. Clotaire et Chilpéric rejoignent Sigebert, qui a été posté comme garde-frontière, et repoussent les envahisseurs[4]. En novembre ou décembre 560, il participe à l'attaque de la Domnonée[4], contre le comte Conomor et Chramn qui s'est révoltée une fois de trop[29].

La succession de Clotaire Ier

Le coup de force de Chilpéric

Chilpéric Ier s'acquiert la grâce des puissants. Manuscrit du XVe siècle. Grandes chroniques. Paris, Bibliothèque nationale de France.

Clotaire Ier avait réunifié le royaume franc de Clovis Ier avec peine mais n'avait pas partagé le royaume avant sa mort[30], qui survint en 561. Ses fils allèrent l'enterrer à Soissons dans la basilique Sainte-Marie[30] qu'il avait commencé à faire construire sur le tombeau de saint-Médard[31]. Dans la tradition germanique, le mode de succession des rois sur le trône, la tanistry (nom celtique désignant la succession par le cadet et non par le fils), se fait entre frères, de l'aîné au benjamin, puis aux oncles et aux neveux. N'étant pas issu de la même union que les autres princes[32], ce système aurait défavorisé Chilpéric au moment du partage voulu par la loi salique. Contrairement au mode de succession par primogéniture qui régit la succession au trône du père au fils aîné, comme c'est le cas avec la dynastie capétienne, le royaume est divisé en autant de fils que le roi possède, afin que chacun puisse régner. La division du Regnum Francorum engendre des sous-royaumes (teilreiche) distincts de celui-ci, permettant à chaque fils d'exercer une royauté complète dans le sous-royaume attribué, plutôt que de diviser l'exercice du pouvoir avec les autres fils sur l'ensemble du territoire[33]. Ainsi, à l'aide d'antrusions (guerriers d'élites), Chilpéric s'empare du trésor de la villa Brennacum - palais de Berny. Le lieu où se situe cette villa n'est pas certain : il peut s'agir de la villa Bernacum de Berny-Rivière à 16 km de Soissons, ou de la villa de Breny (au lieu-dit Le Martois) à 24 km. Par la force, il peut accéder aux richesses que son père a accumulées et entasse le trésor sur des chariots[30]. Il en profite pour acheter la fidélité de certains Grands et occupe Paris, en prenant possession du château de son oncle Childebert Ier avec la portion du royaume associée[34]. Néanmoins ses demi-frères Caribert, Gontran et Sigebert l'obligent à respecter le partage.

Le deuxième partage du Regnum Francorum (561)

Partage du royaume de Clotaire Ier entre ses quatre fils. La scène se situe dans l'île de la Cité. Grandes Chroniques de France, enluminées par Jean Fouquet, Tours, vers 1455-1460. Paris, BnF.

Le royaume est donc à nouveau divisé en quatre suivant « un partage régulier » et le sort (destin ou partage[n 4]) attribue à Chilpéric le territoire ancestral des Mérovingiens, le « royaume de Clotaire » avec Soissons pour capitale[35]. Son territoire se situe entre Tournai et la Picardie. La cité de Laon a peut-être été acquise par Sigebert mais celle d'Amiens lui est peut-être revenue, car elle a été attribuée en 511 à Childebert Ier[n 5]. Le royaume se compose probablement des cités de Thérouanne, Tournai, Arras, Cambrai, Amiens et Noyon. Ce teilreich, le plus pauvre en fisc (terre, forêt ou mine appartenant à la couronne[36]), n'a ni ressources importantes ni frontières actives offrant des perspectives de conquête[37]. Augustin Thierry affirme que le partage était égal, non en superficie, mais en nombre de cités[38]. Il affirme également que chacun des frères possède des enclaves dans les autres teilreich. Chilpéric aurait ainsi reçu Nantes et Rouen. Cependant, le royaume de Paris, revenu à Caribert, cinq fois plus grand que celui de Chilpéric, possédant de nombreuses cités en Aquitaine, dans la vallée de la Loire, doit posséder plus de villes que Chilpéric, qui reçoit un territoire peu romanisé et ayant subi beaucoup de destructions, du fait des invasions barbares[39]. Le critère déterminant la valeur d'une part peut ne pas prendre seulement en compte la superficie mais aussi la nature du patrimoine. Comme Chilpéric reçoit le royaume de son père, la capitale des Gaules et la terre patrimoniale des Mérovingiens, sa part est vue comme égale aux autres, plus grandes géographiquement mais dont aucun statut politique n'est rattaché du fait de leur annexion par conquête[40]. Une autre hypothèse veut que le hasard soit à l'origine de l'attribution des royaumes qui se serait fait par tirage au sort. Cependant, Grégoire de Tours précise que la répartition des territoires est équitable, un tirage au sort avec des lots inégaux est donc à exclure[41].

Gaule à la mort de Clotaire (561). Paul Vidal de La Blache, Atlas général d'histoire et de géographie (1894).

L'affectation des teilreich peut aussi être définie selon le nom donné aux princes, pour qu'ils soient destinés à régner sur un territoire donné : le royaume de Metz ayant appartenu à Thierry Ier, que reçoit Sigebert, englobe l'ancien royaume de Cologne des Francs ripuaires dont un des rois se nommait Sigebert le boiteux. Gontran, quant à lui, possède un nom typiquement burgonde[n 6] et reçoit le royaume des Burgondes. Or, il est à noter que Chilpéric est aussi un nom typiquement burgonde[42]. Depuis le premier partage du Regnum Francorum en 511, le royaume des Burgondes et la Provence ont été annexés et Chilpéric n'obtient rien de ces territoires[43]. Les rapports de forces déterminent en réalité les attributions; de plus, la mise à l'écart des plus faibles fait partie des usages de la succession royale franque et il se peut que les trois fils d'Ingonde éprouvent de la défiance envers leur demi-frère[34]. Ce partage peut constituer une sanction à son égard pour avoir tenté de s'emparer de tout ou partie du royaume sans le consentement de ses demi-frères[44]. De plus, le partage du regnum ne prend pas en compte la répartition des provinces ecclésiastiques. Le clergé a calqué le mode de division du territoire de l'administration civile romaine, en découpant le territoire en provinces, subdivisées en diocèses, dont les limites correspondent à celles des cités romaines. Chaque diocèse est dirigé par un évêque. En plus de son autorité religieuse, avec le recul de l'administration romaine, celui-ci étend son pouvoir aux domaines politiques et sociaux, faisant ainsi concurrence au pouvoir du comte qui est le représentant de l'autorité royale. Chez les Romains, les provinces regroupent plusieurs cités et sont dirigées par un gouverneur exerçant ses fonctions dans la cité du chef-lieu.[45] Ainsi, l'évêque dont le diocèse correspond au chef-lieu, est nommé évêque métropolitain, renommé archevêque au IXe siècle, et exerce la fonction de primat sur sa province et ses comprovinciaux suivant les règles établies par le premier concile de Nicée en 325 et le concile de Turin en 398. Conservant l'héritage des droits que leur conférait l'Empire romain, en tant que magister militum, les rois francs peuvent désigner les évêques[46], ceci à l'encontre du clergé et du peuple qui doivent pouvoir choisir leur évêque[47]. Or, tous les diocèses du royaume de Soissons appartiennent à la cité provinciale de Reims, propriété de Sigebert. Les évêques du royaume de Soissons sont donc soumis à un évêque métropolitain subordonné à Sigebert[48].

En 562, les Avars, apparentés aux Huns, font des incursions en Austrasie. Sigebert Ier doit alors transférer sa capitale de Reims à Metz, et il parvient à repousser les envahisseurs au-delà du Rhin, peut-être en Pannonie ou en Bavière[49]. Chilpéric profite de son absence pour enlever Reims et d’autres villes d’Austrasie. Sigebert contre-attaque, récupère les villes qui lui ont été prises et s'empare de Soissons. Théodebert, fils de Chilpéric, est capturé et envoyé dans la villa de Ponthion (Pontico villa dans le département de la Marne, canton de Thiéblemont-Farémont)[50]. Sigebert profite de sa domination sur Soissons pour terminer la construction de la basilique Saint-Médard[51]. Théodebert est libéré au bout d'un an, avec comme condition qu'il prête serment de ne plus attaquer l'Austrasie. Il retourne alors auprès de son père avec des cadeaux[52].

Le partage du royaume de Paris (567-568)

À la mort de Caribert Ier, le 5 mars 567, comme celui-ci n'a pas d'héritier mâle, Gontran, Sigebert et Chilpéric se disputent âprement son héritage. Les modalités du partage sont inscrites dans un pacte que chacun conserve et jure d'en respecter les termes sur les reliques des saints Polyeucte, Hilaire et Martin. Le lieu où se déroulent les pourparlers n'a pas été rapporté : peut-être est-ce Paris, capitale du défunt ? Ou bien est-ce une ville appartenant à Sigebert Ier dont le royaume abrite les églises Saint-Polyeucte de Metz (devenue Saint-Livier de Metz au IXe siècle), Saint-Hilaire de Poitiers et Saint-Martin de Tours ?[53] Le territoire que Chilpéric reçoit est probablement contigu avec son royaume en s'étendant au nord-ouest de Paris. Le partage du royaume se fait en 568[54] où Paris est maintenu dans l'indivision. Les revenus fiscaux de la ville sont partagés en trois et chaque roi jure de ne pas entrer dans la ville sans le consentement des deux autres[55]. La Seine et la Marne divisent la civitas Parisiorum en trois parties à peu près équivalentes correspondant aux trois archidiaconés de l'ancien diocèse parisien. Le grand archidiaconé ou archidiaconé de Parisis, situé au nord sur la rive droite de la Marne et de la haute Seine[56], comprenant les domaines de Chelles et de Nogent-sur-Marne, a dû lui être attribué[57]. Senlis est également indivise[54]. Dans la province de Reims, qui reste propriété de Sigebert Ier, il récupère la ville de Beauvais mais ne récupère pas Soissons qui reste la conquête du roi de Metz. Il obtient la province ecclésiastique de Rouen avec les diocèses de Coutances, Bayeux, Lisieux, Evreux, mais sans les évêchés de Sées et d'Avranches. L'attribution de ces deux dernières cités reste discutée car si Sigebert Ier les avaient eues, elles étaient trop isolées pour ne pas passer sous l'influence de Chilpéric[58]. De plus, le traité d'Andelot, datant du 28 novembre 587, octroie Avranches à Childebert II sans préciser qu'elle appartenait à son père[54],[59],[60]. Il obtient également les diocèses de Vannes, Nantes, Le Mans, Angers et Rennes, villes correspondant à la province de Tours, cité provinciale attribuée à Sigebert Ier[61]. Il est possible que la Bretagne ait été intégrée à sa part, mais cela n'a guère d'intérêt du fait du contrôle limité qu'exercent les Francs dans cette région[62]. À ceci s'ajoutent des cités aquitaines de la province de Bourges, métropole provinciale revenue à Gontran, avec Limoges et Cahors. Le métropole provinciale de Bordeaux lui revient. La province d'Eauze, comprenant la métropole et les diocèses de Bazas, Dax, Oloron, Comminges, Auch et Lectoure, lui est rattachée avec les évêchés de Béarn (anciennement Lescar) et Bigorre (anciennement Tarbes)[63]. Dans la province de Sens, le diocèse de Chartres est divisé en trois[60] et Poissy et peut-être Dreux lui reviennent. La situation de la ville de Toulouse est incertaine ; il est possible qu'elle ait appartenu à Gontran depuis 561[54]. Bien que richement doté en Aquitaine, ce dernier hérite d'une part moins importante dans l'ancienne région capitale : il n'obtient que le diocèse de Chartres auquel la place forte de Châteaudun a été soustraite. Dans l'ouest, il n'obtient que la cité de Sées. Ce maigre lot peut s'expliquer par la compensation qu'il a reçue en accueillant Théodechilde, veuve de Caribert Ier, accompagnée des trésors de son défunt mari[62].

Les nouvelles frontières du royaume correspondent à ce que Jonas de Bobbio, au VIIe siècle, appelle la « Neustrie ou Neuster[64] »[65] (nouveau royaume de l'Ouest[66]), royaume qui se perpétuera au fil des partages du Regnum Francorum avec l'Austrasie et la Burgondie. La ville de Rouen ayant pu jouer un rôle politique[67], il est possible que Chilpéric y ait installé sa capitale, depuis la perte de Soissons. Par son extension, son royaume devient frontalier avec la Bretagne et le royaume wisigoth. Cependant, l'attribution des villes de Tours et Poitiers à Sigebert Ier, empêche le rattachement de ses possessions du nord avec celles du sud[68].

Le mariage avec Galswinthe (568)

L'encerclement des cités de Bourges et d'Eauze d'un côté par les Wisigoths, de l'autre par l'Austrasie, alliés par le mariage, menace Chilpéric. Pour s'assurer de la neutralité du roi de Tolède, il décide de se marier avec Galswinthe[68], sœur aînée de Brunehilde. Pour Grégoire de Tours, la raison de ce mariage est que le prestigieux mariage de Sigebert Ier et de Brunehilde suscite des jalousies chez les autres rois francs[27].

La constitution du morgengabe 

Chilpéric Ier et le(s) messager(s). Grandes chroniques de France. XIVe-XVe siècle. Bibliothèque nationale de France.

En 568[69], une ambassade est envoyée en Hispanie wisigothique auprès d’Athanagild, mais celui-ci, sous l'influence de la reine Goïswinthe qui n'apprécie guère les mœurs du roi de Neustrie, et de sa fille elle-même influencée par sa mère, fait patienter les envoyés neustriens, leur faisant savoir qu'il se sent gêné[63]. Finalement, Athanagild accède à la demande de Chilpéric. Possédant des terres en Aquitaine[70], les Wisigoths sécurisent ainsi leur frontière septentrionale, et peut-être que la Neustrie fournirait son aide pour vaincre les révoltes basques dans les piémonts Pyrénéens. De plus, les Wisigoths sont en guerre contre les Byzantins, l’alliance des Wisigoths avec deux rois francs permet d’ouvrir un nouveau front contre Byzance si les Francs attaquent l’Italie. Néanmoins, pour que le mariage ait lieu, Chilpéric se voit contraint de répudier son épouse Audovère à la demande des Wisigoths. La raison en est que les Wisigoths appliquaient le droit romain en matière de mariage[71]. Audovère est peut-être reléguée dans la villa royale de Vaudreuil[72] ou dans un monastère du Mans[73]. Un morgengabe (« don du matin » biens mobiliers offert par le mari à la mariée après la nuit de noces en échange du don de la virginité[74], l'union charnelle constitue le mariage dans les tribus germaniques, l'épouse se doit donc d'avoir conservé sa pureté afin d'assurer à l'époux que les enfants à naître sont les siens[75]) comprenant les cités de Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn et Bigorre[70] doit en plus être versé à Galswinthe, venant s'ajouter aux biens mobiliers et immobiliers habituels. Cela correspond environ à un tiers de la Neustrie, en plus d’être la portion du royaume la plus riche. Si Chilpéric venait à mourir, Galswinthe pourrait retourner en Hispanie wisigothique avec son morgengabe et transmettre les villes à son père Athanagild ou à un éventuel nouvel époux. En cas de divorce, le roi de Neustrie perdrait tout[76]. Athanagild accorde alors à Galswinthe une dot (cadeau du père de la mariée accordé au mari[74]) en métal précieux[63], plus importante que celle concédée à Brunehilde. Dans les mariages francs, le fiancé fait un don au père de la fiancée (pretium nuptiale) afin d'obtenir l'autorité juridique et morale sur elle (mundium)[77]. L'épouse reçoit ensuite plusieurs dots : lors de la demande en mariage par le mari (ante nuptias) ; lors du mariage par son père (dot romaine). Le don important accordé à Galswinthe peut s'expliquer par l'union d'un morgengabe et d'une dot, Galswinthe ayant reçu des cités aquitaines « Tant à titre de dot que de morgengabe[54] ». Quant elle sait qu'elle est obligée de se marier, elle va pleurer auprès de sa mère. N'ayant jamais quitté le palais de Tolède, elle appréhende le moment des épousailles avec un roi à la religion, au pays et aux coutumes différentes[78]. Les ambassadeurs francs doivent réclamer la fille du roi de Tolède, qui ne veut pas quitter sa mère, après trois jours d'attente. Goïswinthe doit obliger Galswinthe à respecter le contrat de mariage et, résignée, elle est remise aux mains des envoyés[63]. Chilpéric profite de la venue de Galswinthe pour prendre possession symboliquement des territoires reçus par le partage du royaume de feu son demi-frère. Galswinthe voyage de Narbonne à travers les cités aquitaines où elle est promenée, passant par Poitiers et par Tours, puis gagne Rouen par bateau[79]. Le cortège nuptial remplace le « circuit royal », tour du royaume que les Mérovingiens font pour se montrer à leurs sujets après leur accession au trône. Chilpéric obtient de Galswinthe sa conversion au catholicisme. Étant arienne, elle se doit d'abjurer les thèses d'Arius, de recevoir une chrismation et de participer à un office catholique[80].

Les déboires conjugaux

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