Les fétes religieuses

"Je vous anonche grant joie,
car a jour duy est né le salveur de tout le monde"
 

 

http://www.citadelle.org/mediatheque/Religion/Divers/Annonce_faite_aux_bergers_300.jpg 
Annonce faite aux bergers
ms. BN Fr. 56, fol. 14
Jean Mansel, Fleur des Histoires, France, XVè siècle
image libre de droit

 

Préambule

        Au Moyen Age, les jours de repos représentent près d'un tiers de l'année. Parmi les principales fêtes religieuses, on compte Pâques et Noël. Le mois de décembre est à ce point riche en festivité et amusements de toutes sortes qu'il en devient le plus joyeux des mois de l'année. Centrées autour de Noël, les réjouissances débutent toutefois dès le début du mois de décembre à la saint Nicolas pour s'achever un mois plus tard avec l'Epiphanie (Typhaine ou nuit des rois).

 

 

"Gentils pasteurs, qui veillez en la prée,
Abandonnez tout amour terrien,
Jésus est né et vous craignez de rien,
Chantez Noël de jour et de vesprée
."
    
(Jean Daniel, XVe siècle)


Le 6 décembre : saint Nicolas

        Les écoliers célébrent leur saint patron Nicolas à l'école (et non en restant à la maison) en chahutant leur professeur, en faisant du vacarme et en jouant aux dés, jeu de hasard pourtant interdit par l'Église, mais aussi aux osselets et aux dés.

 

La fête de Noël et ses préparatifs

        Comme les principales fêtes chrétiennes, Noël coïncide avec une grande date astronomique dont l'incidence agit directement sur la vie paysanne.
Noël, du latin ecclésiastique dies natalis, "jour de naissance", célébrait primitivement le solstice d'hiver. On envisagea dès le IVè siècle le 25 décembre, jour le plus court de l'année, pour célébrer la naissance du Christ. On sacrifiait alors à cette occasion les porcs et l'on finissait de battre le grain rentré en gerbe.
Comme pour Pâques ou la Pentecôte, cette fête impliquait une période de jeûne : l'Avent. Il durait depuis la Saint-Martin (c'est-à-dire le 11 novembre) avant d'être ramené à l'octave (dérivé du latin octavus, huitième) c'est-à-dire période de huit jours qui précède Noël.

Cette période, la plus joyeuse d'entre toutes, entraînait au Moyen Age maints préparatifs : la maison était décorée de houx et de verdure, les anciens vêtements faisaient place aux habits neufs et la messe célébrée en pleine nuit était suivie de nombreuses réjouissances (divers jeux de hasard ou d'adresse, chants et danses) et de copieux repas.

Chrétien de Troyes mentionne peu cette fête si ce n'est pour évoquer dans Perceval ou le Conte du Graal, des vers 8245 à 8255, la longueur du repas par comparaison avec la durée d'une journée autour de la Nativité :

 

 

"Mes sire Gauvains coste a coste
[Monseigneur Gauvin invita son hôte]
Fist delez lui mangier son oste,
[à manger à côté de lui]
Et li mangiers ne fut pas corz,
[et le repas ne fut pas bref]
Qu'il dura plus que uns des jorz
[car il dura plus que ne dure]
Antor Natevité ne dure,
[une de ces journées autour de la Nativité]
Qu'il fu nuiz serree et oscure
[il faisait nuit noire et obscure;]
Et mout i ot ars gros tortiz
[et l'on avait brûlé beaucoup de grosses torches]
Einz que li mangiers fust feniz.
[quand le repas fut terminé.]
Sor li mangier ot mout paroles,
[Durant le repas, on échangea bien des paroles,]
Mout i ot dances et caroles
[et il y eut beaucoup de danses et de caroles (danse en rond)]
Aprés li mangier, einz qu'il colchassent.
[avant que tous n'aillent se coucher.]"
(Perceval ou le Conte du Graal, vers 8245 à 8255)

 

La crèche et l'arbre de Noël

        C'est saint François d'Assise qui, à la fin de sa vie, en 1223 eut l'idée de reproduire la scène de la Nativité dans l'église (la crespe).

 

"Et la mere doulce et belle
Quant elle l'enfanta
En place solitaire
Tendrement le posa
                  Noël Hélas
Et le mist dedans la cresche
Et puis s'agenouilla
Les beste l'adorèrent
Sa mère l'embrasa
                  Noël Hélas
[...]
Je t'ay mys en la cresche
Où les beufz ont mangé
Soutz la teste une pierre
Tu as pour reposer
                  Noël Hélas
"
(Les Noelz nouvellement faictz et composez en l'honneur
de la nativité de Jesuscrist et de sa tresdigne mere
)

 

http://www.citadelle.org/mediatheque/Religion/Divers/Nativite_001_250.jpg
Nativité
ms. BN Fr. 56, fol. 14
Jean Mansel, Fleur des Histoires, France, XVè siècle
image libre de droit

 

L'arbre de Noël, présent dans les  drames liturgiques et les Mystères (genre théâtral qui mettait en scène des sujets religieux tirés de l'Ancien Testament) préfigure également la crèche. Il était orné de pommes et d'hosties et symbolisait l'arbre d'Eden.

 

La fête des "Fous"

        Il s'agit là d'une fête dont la date variait suivant les régions. Elle se déroulait selon les villes entre la mi-décembre et le début du mois de janvier. C'était l'exemple même du besoin de défoulement dont avait bien besoin le peuple tant la vie était rude (froidure, épidémies, disettes et guerres). Episode comparable aux carnavals précédant le carême et que Shimrod nous avait présenté en l'illustrant avec le Pétengueule.
On assistait alors à un renversement total de la société : la femme devenait le garçon, l'enfant l'évêque, le professeur l'élève, etc. On élisait le pape, l'évêque des fous, l'abbé des sots (abbas stultorum), on brûlait de vieilles chaussures dans les encensoirs, on dansait dans les églises en baragouinant du latin de façon à déclencher de nombreux fous rire. On danse et chante accompagné pour cela de musiciens qui font résonner des instruments à vent (flûte, trompette ou cornemuse) ou à cordes (vielle, harpe, luth).

Ces licences pouvaient aller bien loin puisqu'il n'est pas rare de constater qu'à l'intérieur des couvents régnait alors une sérieuse confusion : relations nocturnes entre l'abbé des sots et les petites abbesses ou encore simulacres d'épousailles entre un évêque et une supérieure de nonnes comme l'évoque Marc de Montifaud, dont on citera un passage plus bas.


La fête de l'âne

        Encore appelée fête des humbles, elle rappelait la fuite en Égypte mais n'en était pas moins une grossière parodie. Une fille, tenant dans ses bras un nouveau-né, pénétrait à dos d'âne richement paré dans une église suivie par tout un cortège burlesque. A la fin de chaque prière l'assemblée scandait un joyeux  "hi-han" : on chantait alors la prose de l'âne ! Ces licences seront, elles aussi, vivement condamnées par l'Église.

 

Le 28 décembre : fête des Innocents.

        Au Moyen Age le taux de mortalité infantile était très fortement élevé : un grand nombre d'enfants mourrait à la naissance ou au cours de leurs premières années. Le thème du massacre des Innocents se retrouve d'ailleurs dans la danse macabre.
Les écoliers et les enfants, en particulier, célébraient la fête des Innocents, ces garçons nouveaux-nés massacrés en Judée sur ordre du roi Hérode, qui espérait faire périr parmi eux l'Enfant Jésus. C'était donc par excellence la fête des "Enfants" à qui l'on permettait et pardonnait tout. Toute violence était prohibée, les chevaliers devaient cesser de guerroyer en observant une trêve.


Comme l'énnonce Marc de Montifaud dans Les triomphes de l'Abbaye des conards : avec une notice sur la fête des fous (1874), ce jour pouvait être celui de la fête des fous :

 

 

 

"Le 29 décembre, selon l'usage du pays, à l'abbaye de Saint-Césaire, l'abbesse folle offrait à son compère six gros en argent, "une bonne galine ben grasse", six pains de fleur de froment, etc., six pechié de vin, de la mesure del moustiers, et du bois pour faire du feu au réfectoire. Ce qu'il y avait de plus curieux, dans le branlebas sacerdotal était interpreté par les femmes. Le jour des saints Innocents, l'élection d'une abbesse folle et d'une petite abbesse, qui usurpaient la crosse et la place de l'abbesse légitime amenaient les plus piquantes perturbations. Les religieuses remplaçaient les chantres au lutrin, portant sur le nez des lunettes dont les verres étaient remplacés par des écorces d'oranges, vêtues d'habits grotesques, encensant l'autel avec de vieux cuirs enflammés, jouant aux dés, et mangeant des boudins dans l'église. Une citation de l'époque en offre la preuve : Nimia jocositate et scurrilibus cantibus utebantur, utpote farsis, conductis, motulis, etc."
(Les triomphes de l'Abbaye des conards :
avec une notice sur la fête des fous
, 1874)

 

le 31 décembre
Ce jour-ci avaient lieu les réjouissances de la Saint Sylvestre et pas encore la fête de l'an nouveau puisque l'année changeait habituellement à cette époque à Noël ou à Pâques (l'adoption du calendrier grégorien en 1582 unifiera cela) !

 

Le 1er janvier
Le jour de la Circoncision et du Nom de Jésus, était également le jour des étrennes et de pratiques superstitieuses.

 

Le 6 janvier : "nyuct des roys" ou "Li jors de la Typhaine".
C'est-à-dire le 6 janvier, jour de l'Épiphanie ou jour des Rois, on mangeait la galette qui contenait une fève. La représentation iconographique nous renseigne sur une pratique encore admise de nos jours (mais sans couronne). Tandis que le père de famille coupe la galette, un enfant se tient assis sous la table : c'est lui qui attribue à chacun sa part. Cette pratique est encore observée de nos jours.

http://www.citadelle.org/mediatheque/Religion/Divers/Iconographie_Galette_200.jpg
miniature tirée des
Heures dites d'Adélaïde de Savoie
ms. Chantilly Musée Condé 76
Musée Condé


Cette miniature tirée des Heures dites d'Adélaïde de Savoie, contenue dans le manuscrit Chantilly Musée Condé 76, est précieuse à plus d'un titre. Cette représentation est suffisamment riche pour que l'historien s'interroge sur l'absence de la couronne durant le cérémonial de la fête des Rois. En littérature, il a été décrit avec beaucoup de précision par une religieuse Wallone (région où le béguinage était très répandu). Ce témoignage, des plus complets, tiré du manuscrit de Leyde, Bibl. Universitaire BPL46A, Geneviève Hasenhor nous le livre dans son article Du bon usage de la galette des Rois (pp. 445 à 467). La religieuse donne à "Ceste nuyt des roys" une valeur toute symbolique, plus qu'un renseignement sur une pratique folklorique quelconque, il s'agit bel et bien d'une méditation sur l'Epiphanie visant à illustrer nombres d'épisodes bibliques durant ce temps festif qui se décompose en 5 étapes bien définies...

Il semblerait que le motif de la fève ait été suffisamment connu pour avoir impact important sur le public de cette fin du XVè siècle : Jean Gerson, dans ses sermons, l'utilise pour symboliser la fugacité et l'éphémère.

 

Ainsi s'achevait le cycle de 12 jours si riche en festivités. Cycle des 12 jours qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler les 12 mois de l'année durant lesquels fêtes populaires et fêtes chrétiennes se côtoyaient alors.

 

Elisabeth Féghali

BIBLIOGRAPHIE

                    HASENHOR Geneviève
                    Du bon usage de la galette des Rois
                     in Romania, tome 14, 3 - 4,
                    pp. 445 à 467.

                    D'HAUCOURT Geneviève
                    La vie au Moyen Age
                    coll. Que sais-je ?, n° 132,
                    P.U.F., 1944.
                    pp. 55 à 57.

ALEXANDRE-BIDON Danièle
La vie des écoliers au Moyen Age
2000, Editions du Sorbier (Paris)

WALTER, Phillipe
Mythologie chrétienne : rites et mythes du Moyen Age.
Editions Entente, 1992, pp. 87-113.
Une approche très particulière (car rarement abordée) et néanmoins passionnante (importance du Merveilleux), enrichie de références littéraires, pour comprendre qu'une mythologie typiquement médiévale s'est bien construite sur les croyances païennes que le christianisme dut assimiler dans le but de les contrôler.

Commentaires (9)

1. mohamed 31/05/2012

moi aussi je trouve bien pour ceux qui etudie ca

2. Isabella 28/12/2011

Gros bisous a tous je vous aimes fort fort !! En regardant ce site j'ai tres fantasmé !!

3. Ptite' 12/03/2011

Merci je devez faire un devoir sur les fetes religieuse au Moyen-Age et sa ma vraiment vraiment aidé !

4. siisii 30/01/2011

oué ta raison mon exposé et fini grace a ce site mais j'aurai voulu +d'info

5. Anais (site web) 01/12/2010

Bonjour je devait faire une EXPOSITION sur le moyen age et jai réussi grace a votre site Mais il a juste un petit probléme ke vous pourriez regler C'est Noel Merci bocoup auevoir

6. Robin 07/06/2010


c'est vraiment génial, merci


7. clément 11/04/2010

je trouve ça bien fait
clément

8. leslie (site web) 09/03/2010

je trouve que votre site est trés bien pour les exposé mais vous pourié faire plus d'effort

mercie d'avance

cordialement

leslie

9. Marianne 24/02/2010

Je dois faire un dossier sur le Moyen Age. Et il y a une partie sur les fêtes. Donc ce site m'a beaucoup aidé ! Merci !

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