Arras - Rue Sainte-Marguerite, une maison médiévale est en cours de diagnostic

XIVe et XVe siècles. L'Arras moyenâgeux vit sous le régime des ducs de Bourgogne. À quelques mètres des fortifications (actuel boulevard Carnot) croît un quartier où se sont installés quelques métiers de bouche. Les artisans travaillent-ils là, ou y ont-ils leurs résidences ? Le diagnostic mené par le service archéologique municipal le dira. Alain Jacques a retrouvé sans mal les occupations successives de cet espace entre le XIII e et le XVIe siècles. 

PAR DANIELLE BÉCU 

dbecu@lavoixdunord.fr PHOTOS PASCAL BONNIÈRE 

Moyen-Âge, années 1200 et des bricoles. « La rue Gambetta (ex rue de Saint-Jehan-en-Ronville) était très densément occupée, déjà. Les ruelles adjacentes beaucoup moins. » Des dizaines d'années plus tard, à l'angle des rues de Pavie (future rue Sainte-Marguerite) et des Lions fraîchement créées, il n'y a que deux maisons. En premier, celle où « Piérot le trippier » (sic) sale et fume la viande porcine à tour de bras. 

Maintenant on y voit la résidence Sainte-Marguerite. Ce coin-là a été fouillé en l'an 2000 par l'équipe d'Alain Jacques. En consultant le plan des impôts daté de 1384, l'archéologue a vu que la rue de Pavie s'arrêtait à la rue des Lions, et que la rue de la Charité contemporaine portait le nom de rue des Testes. Il raconte l'affaire dans sa chronologie. 

1 Les arbalétriers. Le long des remparts du XIIe, il y a une caserne appelée Héronval (là où se dresse le lycée Carnot) qui possède le terrain aujourd'hui diagnostiqué. C'est là que s'entraînent vaillamment archers et arbalétriers. « Le camp est sommaire, l'herbe pousse autour de l'abri où les tireurs rangent leurs nécessaires, il n'y a pas encore de voirie. » Encore moins de vestiges. « Entre ces arbalétriers et la maison, la succession est rapide. » 2 Le goudalier. La maison dont les fondations ont été mises au jour portait le doux nom de Beauffort (elle devait être imposante) et était désignée sous les numéros 34 et 35 rue des Testes dans le registre des impôts. « C'est une maison cossue appartenant, à partir de 1396, à Jehan Bonnefoy, brasseur de son métier. Ses quelques voisins sont des bouchers. » Alain Jacques a observé que le mur marquant la limite parcellaire front à rue des Lions est en retrait de l'actuel trottoir, de deux mètres environ. « La largeur de cette rue a varié dans le temps. » Commencé il y a quinze jours, le diagnostic sera mené jusqu'au 15 mars. Plusieurs blocs d'espaces délimités par des pierres sont apparus. Le meilleur état de conservation est observé dans ce qui fut la cave, pour l'instant exiguë, de la maison du brasseur. Elle est calée sur le calcaire originel. 

Les deux lieux creusés en arrondi, l'un pour les aisances, l'autre étant un puits, a priori, n'ont pas été bouleversés. C'est précisément à l'endroit de la cave que le sondage le plus profond a été opéré par l'équipe de fouilleurs. « On voit bien la stratification des sols au-dessus de la cave : l'épaisseur de terre noire, qui a l'air compacte, est surmontée d'une couche plus mince de terre jaune prouvant une autre occupation. 

» Alain Jacques précise les délimitations dans le temps de cet espace : « XIIIe et XIVe, construction XIVe et XVe, occupations XVIe siècle, destruction. » La seconde moitié du XVIe voit apporter un mètre de terre végétale préfigurant le devenir de l'espace. 

3 Le jardin d'agrément. C'est en se référant au plan relief d'Arras que l'on sait qu'en 1700, il n'y a plus de maison à cet endroit, mais un terrain vague probablement. Celle de Piérot le tripier aussi a été détruite, au profit d'un jardin comportant des allées créées en croix. Au moment de la destruction, Arras est passé sous la domination espagnole. Mais les Ibères n'ont rien à voir avec la disparition. « Il faudra attendre l'an 1760, pour que soit érigé le logement du lieutenant De Roy. C'était le numéro 2 du gouverneur de la ville. Front à la rue Gambetta, il comporte toujours deux ailes en retour. La fouille fut aussi son jardin. » 

Le service archéologique municipal recherche des bénévoles pour son chantier de fouille rue Sainte-Marguerite, qui durera jusqu'au 15 mars. 

Se présenter sur le terrain auprès du responsable, Yann Henri, de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 h, ou joindre Éric Murat au 06 88 24 00 69.

Mardi 22.02.2011, 05:02 - La Voix du Nord

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