La fortification du "Mont-Vireux"

La fortification du "Mont-Vireux"

(II°-XIV° siècle)


Travaux réalisés par la Société Archéologique du Sillon Mosan

Les premières incursions de peuples germaniques du III° siècle coïncidèrent avec la fortification des villes. Dans les régions proches des frontières et donc plus exposées, l'empereur Postume réorganise la défense du territoire en faisant bâtir un réseau de places fortifiées. Au nord des Ardennes, le site complexe de Vireux-Molhain en apporte un précieux témoignage concret. Au I° siècle, un centre de métallurgie du fer s'était implanté sur la rive droite de la Meuse, en aval du confluent du Viroin. C'est certainement la présence de ces deux voies d'eau qui avait dans un premier temps déterminé le choix de l'emplacement de cette activité .
La fortification et la collégiale de Molhain peuvent se visiter, mais l'essentiel du matériel archéologique est au Musée de l'Ardenne à Charleville



    Les sites archéologiques romains de Vireux

    1     Cimetière romain tardif
    2     Fortification du Bas-Empire
    3     Cimetière à incinération
    4     Centre de métallurgie
    5     Habitat
    6     Tombes du IV° siècle
    7     Monnaies
    8     Pierre avec inscription gallo-romaine
              (collégiale de Molhain)


             Relevé J.P. Lémant
Les installations artisanales, bas fourneaux et crassiers, s'étendaient sur plus de deux hectares. A coté, sur une terrasse naturelle à l'abri des inondations et à proximité d'un gué, se trouvait un habitat dont les vestiges, en particulier une cave, sont d'une grande qualité architecturale ; il s'agit sans doute de la demeure du maître des forges.

Vue générale de l'habitat en cours de fouille
Photo J.P. Lémant
Détail d'une niche de la cave
Photo J.P. Lémant
A la fin du III° siècle, cette propriété subit un incendie et dans le même temps est créée une forteresse sur le mont Vireux dominant la vallée. Il est tentant de mettre en rapport ces deux événements. La fortification est située sur une hauteur défendue naturellement sur ses quatre cotés ; elle surveille et protège les activités économiques installées en contrebas ainsi que le trafic fluvial. Son rempart est construit en bois et en terre. Une palissade, un chemin de ronde et une solide tour d'angle circulaire en pierre retrouvée dans la zone nord, complètent le dispositif défensif.



Relevé J.P. Lémant
A l'intérieur de ce castellum, plusieurs bâtiments militaires de forme rectangulaire sont accolés à l'enceinte ; la présence de vitres et d'un système sophistiqué d'alimentation en eau par une tuyauterie en bois cerclée de fer sont autant d'indices d'une certaine qualité de vie de la garnison. Divers ateliers artisanaux, en relation directe avec les fonctions guerrières des lieux (travail du bronze, du fer, des armes), y ont également laissé des traces. Différentes phases de destructions, datées archéologiquement par des couches d'incendies, d'abandon temporaire puis de réutilisation, se succèdent tout au long d'une longue période apparemment troublée qui s'étend jusqu'au milieu du V° siècle.

Les structures occidentales de la fortification du Mont-Vireux:
les vestiges du Bas-Empire recouverts partiellement par les structures des XIII°-XIV° siècles (enceinte et bâtiment d'angle).
Relevé J.P. Lémant


Zone de la tour nord-ouest en cours de fouille et essai de restitution graphique.
Photo J.P. Lémant
Les couches d'incendie ont livré des verreries, des poteries, des armes, et divers outils brûlés. Ces objets et un grand nombre de monnaies sont le meilleur témoignage de toutes les destructions que connut la forteresse pendant cette période . A ce jour, 1104 monnaies, dont trois dépôts, ont été découvertes sur le " Mont Vireux ". Ces précieux éléments chronologiques ainsi que les couches d'incendie des habitats de la plaine et du " Mont Vireux " nous renseignent sur les phases actives et inactives de la fortification. Dix périodes ont ainsi été mises en évidence pour la période belgo-romaine.
Les phases actives du Bas-Empire sont les suivantes :
1 ère période :
(260-300)
Création de la forteresse.
2 ème période :
(330-350)
Phase d'activité intense, illustrée par un petit dépôt monétaire de 347-348.
3 ème période :
(350-364)
Période particulièrement troublée, attestée par un grand nombre de monnaies de Magnence et de Decence
4 ème période :
(364-378)
On peut supposer qu'un calme relatif régnait sur la région et que les sites de hauteur furent provisoirement abandonnés.
5 ème période :
(380-450)
Période protomérovingienne qui peut avoir duré jusque vers 450 ; elle est en relation avec l'occupation des cimetières de la Montagne-des-Vignes et de la rue de l'égalité.

Notre connaissance globale de l'histoire du site est éclairée par la fouille d'une nécropole où sont inhumés des officiers affectés au fort de Vireux. On y trouve les sépultures de soldats francs enterrés avec leurs armes traditionnelles parmi lesquelles des haches préfigurant la fameuse francisque des troupes de Clovis. Des insignes militaires proprement romains, comme des ceinturons de commandement et leurs riches garnitures, attestent que ces guerriers barbares ont loyalement combattu au service de l'Empire au coté de légionnaires romains.


Armes et bijoux de la tombe n° 11 de la nécropole
de Vireux-Molhain. Fin du IV° siècle.
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Carl Gustin.
Mont-Vireux.
Fibule rectangulaire en bronze doré rehaussée de grenats (IX° siècle).

Armes et bijoux de la tombe n° 12 de la nécropole
de Vireux-Molhain. Vers 410.
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Carl Gustin.
Tombe d'homme n° 22 de Vireux-Molhain:
Pointe de lance, bracelet de bronze, plat en céramique sigillée, ceinture d'officier romain en bronze.
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Des bâtiments à caractère religieux furent implantés sur l'éperon nord, étroit et escarpé, au-dessus de la Meuse et du Viroin. Plusieurs édifices s'y sont succédés, le dernier étant un petit bâtiment rectangulaire de 9,50 m sur 6 m, entouré d'un cimetière. Des tombes d'enfants furent aussi repérées à l'intérieur des murs. Le matériel recueilli date l'utilisation des bâtiments entre le VII° et le XI° siècle. Les sépultures autour du bâtiment étaient des fosses en pleine terre et l'absence de mobilier semble indiquer qu'il s'agit de tombes chrétiennes de la fin du Haut-Moyen-Age. La découverte majeure faite dans ce bâtiment est une grande ardoise, de 67 cm sur 25 cm, portant dans le coin supérieur gauche une inscription en latin cursif. L'étude épigraphique faite par le professeur J.B. Blänsdorf, de l'université de Mayence, a montré qu'il pouvait s'agir d'une inscription latine de la fin du IV° siècle. L'invocation " exaudi " renvoie à des citations de psaumes. Nous sommes peut-être en présence d'une inscription chrétienne et cette ardoise gravée pourrait être un ex-voto. Une communauté chrétienne était bien établie à Vireux dès la fin du IV° siècle. Les sites du " Mont-Vireux " offrent des aspects originaux par la cohabitation de trois ethnies culturellement et religieusement différentes. On imagine déjà le processus d'acculturation qui aboutira, au début du VI° siècle, à l'apogée de la civilisation franque mérovingienne.

Mont-Vireux. Vues du bâtiment à caractère religieux (chapelle ?), sur l'éperon nord. Photos J.P. Lémant.

Mont-Vireux.
Ardoise portant une inscription en latin cursif :
"exaudi", citation de psaumes, fin du IV° siècle.





La fortification médiévale du " Mont-Vireux "


Mont-Vireux.
Plan historique de 1776 représentant les vestiges de la fortification.
Archives de vincennes 7-10-C-706.
Une carte militaire de 1772 nous donne l'aspect de cette fortification aujourd'hui partiellement détruite par une carrière. Le tracé du mur de l'enceinte du Moyen Age reprend partiellement celui de la fortification antique et circonscrit le sommet du " Mont-Vireux ". Dégagé sur presque toute sa longueur, il présente un petit appareil, épais de 1 m environ. Les fouilles ont permis d'étudier également deux tours d'angle de l'enceinte, des bâtiments rectangulaires, ainsi qu'un four à pain et un foyer circulaire. Dans l'angle nord-ouest, une tour d'angle carrée, de petites dimensions (5,25 m sur 4,90 m), était accolée au mur d'enceinte. De construction légère et à soubassement en pierre, elle servait d'assise à des murs de bois et de torchis qui devaient soutenir un toit d'ardoises découvert brûlé et écroulé. Le mobilier date cet incendie du début du XIV° siècle. A l'intérieur, le long du mur d'enceinte, outre des traces d'incendie, des marques d'une utilisation continue des lieux suggèrent un chemin de ronde couvert (toit d'ardoises) qui aurait relié les différentes structures. A ce jour, aucune entrée n'a été repérée ; elle pourrait avoir existé dans la partie sud, détruite par la carrière.

Mont-Vireux.
Four à pain avec foyer circulaire accolé et mur d'enceinte (XIV° siècle).
Photo J.P. Lémant.
Habitat médiéval et foyer dans l'angle nord-ouest du Mont-Vireux.
Photo J.P. Lémant.
Le four à pain, d'un diamètre externe de 4,92 m maximum, présente un mur circulaire constitué de plaques de schiste soigneusement ajustées permettant une bonne assise de la voûte maintenant disparue. Les parements de ce mur montrent une finition soignée. La sole faite d'argile mélangée à de la paille reposait sur un cailloutis de petits modules. Un foyer circulaire constitué d'un hérisson en pierre recouvert d'une chape de mortier devait servir de surface de travail, pour l'enfournement. Des bâtiments légers en bois et toiture d'ardoises fines, fixées par des clous à deux têtes, alignés le long du mur d'enceinte, devaient abriter les usagers et servir de magasins. Sous le toit d'ardoises, incendié, une couche de déchets alimentaires renfermait des tessons de poterie du début du XIV° siècle, date confirmée par la découverte d'un denier parisis de Philippe le Bel. L'incendie qui a affecté tous les bâtiments accolés au mur d'enceinte remonte au début du XIV° siècle. Cette date marque la dernière occupation de la fortification du " Mont-Vireux ".

Mont-Vireux.
Vue de la sole du four à pain et du mur d'enceinte (XIV° siècle).
Photo J.P. Lémant.
Texte tiré de : "Archéologie en Ardenne" De la préhistoire au XVIII° siècle
"Traces, Strates, Archéologie en Champagne-Ardenne"
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