La nécropole mérovingienne de Manchester (Ardennes)

Une nécropole mérovingienne à Manchester



Travaux réalisés par la Société Archéologique du Sillon Mosan

Les historiens appellent Moyen-Âge la période qui débute à la chute de l'empire romain d'Occident en 476 et s'achève en 1453 avec la prise de Constantinople par les Turcs. Le Haut Moyen Âge recouvre les temps mérovingiens et carolingiens. L'époque mérovingienne qui tire son nom de celui du grand-père mythique de Clovis, Mérovée, s'étend de la fin du V° siècle à 751, date à laquelle Pépin-le-Bref, lui-même père de Charlemagne, fut proclamé roi, inaugurant ainsi la dynastie carolingienne. Le Bas Moyen Âge, ou Moyen Âge classique, commence en 987 avec l'avènement de Hugues Capet, premier monarque de la longue lignée capétienne, et prend son terme au milieu du XV° siècle.
Pendant longtemps, les Mérovingiens furent principalement connus par leurs tombes, pour certaines fort riches à l'image de la plus célèbre de toutes, celle du roi franc Childéric Ier, père de Clovis, découverte en 1653 à Tournai en Belgique ; elle contenait un trésor exceptionnel composé d'armes, de bijoux et de monnaies en or. Dans la région champardennaise, des sépultures aristocratiques présentant des caractéristiques comparables ont été retrouvées par exemple à Pouan-les-Vallées dans l'Aube et à Charleville-Mézières, dans les Ardennes.


Le cimetière mérovingien de Mézières
Proche du quartier de Saint-Julien, au lieu-dit le " Gué des Gendarmes ", un important cimetière de la fin du V° siècle et du VI° siècle fut fouillé à l'occasion de travaux dans l'enceinte de l'hôpital de Manchester à la périphérie de Charleville-Mézières.
125 tombes furent ainsi fouillées qui livrèrent un important mobilier du début de l'époque mérovingienne. Parmi celles-ci se remarquent particulièrement les sépultures d'une aristocratie locale contemporaine de Clovis et de ses fils : trois tombes de chef (T66, T68, T74) et deux tombes féminines (T89, T115). Le rituel funéraire (inhumation habillée), selon un schéma par ailleurs déjà bien observé dans d'autres nécropoles mérovingiennes, indique clairement l'organisation sociale de cette communauté.
Ainsi, il est possible de déterminer l'existence de groupes sociaux, en particulier celui des notables et celui des guerriers qui formaient l'entourage proche des chefs.
Mobilier de la tombe de chef n° 74 de Manchester
(1ier quart du VI° siècle) :
Epée longue
Pointe de lance
Francisque
Angon
Pointes de flèches
Umbo
Manipule
Couteaux
Fragment de boucle
Peigne
Pierres à feu
Vase de bronze
Corne à boire en verre
La tombe n° 66 du cimetière du quartier de Manchester à Charleville-Mézières contenait une panoplie de guerrier franc
(VI° siècle).
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Carl Gustin.
De très nombreuses tombes sont celles de porteurs d'armes. Ces hommes ont été enterrés près du chef qu'ils devaient sans doute suivre ; l'identification sociale du chef étant pratiquée à partir d'un mobilier funéraire encore plus abondant. Si les tombes des simples porteurs d'armes ne possédaient que 2 ou 3 armes offensives (épée, lance et hache), les tombes de chefs étaient richement dotées : 5 armes offensives (angon, épée, lance, hache, fers de flèches), l'arme défensive (bouclier). Très souvent un objet exceptionnel était déposé (corne à boire en verre, mors de cheval, plaque-boucle cloisonnée en or…).
Avec ce cimetière nous constatons la mise en place du nouveau pouvoir franc et devons voir dans ce VI° siècle l'apogée de la civilisation mérovingienne. Ce cimetière, l'un des plus importants de la région, marque une nouvelle étape dans l'évolution des modes funéraires et donc du passage à un nouveau type de société.

Bijoux, outils et céramique de la tombe n° 115 du cimetière
du quartier de Manchester à Charleville-Mézières (vers 500).
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Carl Gustin.
Manchester.
Triens (tiers d'aureus) de l'empereur Zénon (V° siècle).
Avec la nécropole de Saint-Julien nous remarquions des dépôts funéraires constitués surtout de pièces domestiques et d'objets familiers ayant appartenu au défunt (fibules, boucles de ceinture, bijoux divers, vaisselle, céramique…). Avec le cimetière du Bas-Empire de Vireux il s'agissait de tombes de soldats d'origine germanique avec dépôt d'armes mais aussi de parures et de vaisselle. Enfin, avec le cimetière mérovingien de Manchester à Mézières, les tombes se caractérisent par le dépôt d'armes très abondant associé à des objets de parure et de vaisselle. Mais il est important de noter que chaque tombe d'homme renfermait toujours des armes (les exceptions sont rares). Ainsi, une fusion s'est opérée entre la population autochtone gallo-romaine et les éléments allogènes francs. Si à la fin du IV° siècle on pouvait encore distinguer deux types de population, à la fin du V° siècle, toutes les tombes étant armées, la distinction ne peut plus se faire entre des soldats et une population civile provinciale. C'est la civilisation du peuple armé.

Plaque-boucle réniforme à grenats cloisonnés du cimetière
du quartier de Manchester à Charleville-Mézières (vers 500).
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Musée de l'Ardenne.
Paire de fibules discoïdales décorées de verre rouge cloisonné
du cimetière du quartier de Manchester à Charleville-Mézières
(VI° siècle).
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Musée de l'Ardenne.

Le cimetière mérovingien de Villers-Semeuse

Les travaux d'extraction de gravier pour la construction de la voie rapide Sedan-Charleville en 1972 ont en partie détruit un cimetière du début du VI° siècle établi dans la plaine alluviale de la Meuse, au sud de Charleville-Mézières. 23 tombes orientées sud-nord, purent néanmoins être fouillées. La tombe d'homme n° 1 possédait, comme la tombe 68 de Mézières, un mors de cheval en fer. Près de ce cimetière, un site d'habitat datant du I° au V° siècle a été détruit par les travaux.

Coupe en verre à décors chrétiens du cimetière du quartier
de Manchester à Charleville-Mézières (vers 500).
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Carl Gustin.
Corne à boire en verre ornée de filets trouvée dans la tombe n° 74
du cimetière du quartier de Manchester à Charleville-Mézières
(500-550).
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Carl Gustin.

L'église et les tombes mérovingiennes de Montcy-Saint-Pierre

L. Pierquin en 1903 fit des fouilles sur le site de l'ancienne église de Montcy-Saint-Pierre et trouva 3 tombes dont l'une renfermait un collier fait de perles de fluorine ou d'améthyste et deux fibules à feuille d'or estampée représentant une tête d'homme portant barbe et cheveux longs. Ce type de fibule est daté de la fin du VII° siècle. La concomitance tombe/église est un fait majeur dans l'histoire de notre région. A l'exemple des rois, certaines familles nobles recherchent dès la fin du VII° siècle une place privilégiée dans ou très proche d'un lieu saint. Toutefois, nous ne constatons pas ce phénomène dû à la christianisation pour les cimetières de l'hôpital de Manchester et de Villers-Semeuse. Sans doute cette précocité d'un nouveau mode funéraire est-elle due au fait que Montcy-Saint-Pierre fut chef-lieu de pagus et donc doté d'une église dès le VII° siècle.

Mors de cheval (pièce de harnachement) damasquiné
aux extrémités aviformes (c'est-à-dire en forme d'oiseau)
provenant de la tombe n° 68 du cimetière du quartier
de Manchester à Charleville-Mézières (vers 500).
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Musée de l'Ardenne.
Fibule discoïdale du VII° siècle,
trouvée sous l'actuel Lycée Bazin à Charleville.

Le cimetière mérovingien de l'avenue Charles-de-Gaulle

Une belle fibule mérovingienne (voir ci-dessus à droite) à motifs cloisonnés soulignés de filigranes a été fortuitement retrouvée vers 1885 lors de travaux de jardinage effectués dans une propriété aujourd'hui disparue mais dont l'emplacement actuel est occupé par le lycée technique François Bazin .
D'autres objets accompagnaient cette fibule provenant semble-t-il, d'un sarcophage. Une nécropole avait sans doute été établie sur ce terrain qui occupe le sommet et la pente de la butte de Montjoli dominant la Meuse.
La fibule est une superbe pièce d'orfèvrerie de forme discoïdale (diamètre 5,3 cm) avec un umbo central surmonté d'un boîtier cylindrique à décor cloisonné. On compte six motifs cloisonnés placés en alternance (3 rosaces, 3 triangles). Le reste de la surface est orné d'un remplissage de filigranes en S et en 8.
L'étude typologique donne une datation de la première moitié du VII° siècle, époque de transition dans la mesure où cette fibule montre des techniques ornementales en usage au siècle précédent. Enfin une observation minutieuse permet de voir dans cet objet une imitation des pièces de grande qualité à cette époque. Même si l'orfèvre a utilisé l'or et le grenat, la technique du filigrane est de qualité plutôt médiocre et l'organisation du décor peu élaborée. On peut comparer cette fibule de Charleville à d'autres exemplaires retrouvés dans le nord-est de la France, en Belgique et dans la région de Trèves mais de bien meilleure facture. La fibule de Charleville est probablement l'œuvre d'un " artisan " local.

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Tombe à inhumation n° 7 du cimetière de St. Julien.
La cruche en verre, en place lors de la fouille, est celle qui est présentée restaurée dans l'image de droite.
Cruche en verre, contenant un vase miniature,
provenant de la tombe n° 7 de la nécropole de
Saint-Julien à Charleville-Mézières.
Fin IV°-débutV° siècle.
Musée de l'Ardenne, Charleville-Mézières.
Photo Jean-Marie Lecomte.

Le cimetière mérovingien de la place Winston Churchill

A l'occasion de divers travaux de creusement et de construction, un certain nombre d'objets datant de l'époque mérovingienne ont été découverts en 1896 et 1900 place Winston Churchill.
Il s'agit de six vases en terre fabriqués au tour, de plusieurs fragments très oxydés, d'un scramasaxe avec des portions de fourreau de bois encore adhérentes au métal et, enfin, d'un crâne de cheval. Aucun reste osseux humain n'a été retrouvé (la nature du sol a sans doute provoqué la dissolution complète des ossements), cependant il est permis de penser que tous ces objets témoignent de l'existence d'une nécropole à cet endroit.
A l'époque mérovingienne, le pagus Castricensis est prospère. Contrairement à ce que l'on pouvait penser, les anarchies du pouvoir et les invasions germaniques n'ont pas laissé le pays exsangue et désert comme certains auteurs ont pu le laisser croire. La richesse des sépultures mérovingiennes du V° au VII° siècle (hôpital de Manchester, cimetière du lycée François Bazin et la nécropole de Villers-Semeuse) montre une population dense, prospère et bien organisée socialement. La répartition des cimetières d'époque mérovingienne, les trouvailles d'objets isolés (dragages) et les traces d'habitat de la chapelle Saint-Hilaire nous font penser à une occupation du sol proche de celle d'époque romaine. La rupture des habitats se situerait vers la fin du IX° siècle, à l'époque des raids normands et hongrois (destruction de Mouzon en 889).




Une partie du résultat de ces fouilles est exposée au Musée de l'Ardenne à Charleville.

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