Le "Tchesté de la Rotche"(Belgique)une fortification des VIII°-XII°siècles

Le "Tchesté de la Rotche"

VIII°-XII° siècle


Travaux réalisés par le service des fouilles de Belgique

Le " Tchesté de la Rotche " se dresse au confluent de deux ruisseaux dont le principal, la Membrette, va se jeter au nord, dans la Semois proche. Ce nid d'aigle domine le site de près de 13 m. La proximité du passage de la voie romaine Reims-Cologne et de ses doublets expliquent à suffisance la présence de quelques céramiques romaines sur le site du " Tchesté de la Rocthe " et à Membre. Les fouilles au " Tchesté de la Rocthe " à Sugny se sont poursuivies sous l'égide du Service des Fouilles depuis 1982. L'étude de ce site exceptionnel a permis d'entrevoir l'évolution exemplaire d'une enceinte vers un château de pierre, en passant par un donjon en bois sur motte. D'origine carolingienne, le site est déjà occupé pendant la seconde moitié du VIII° siècle et la première moitié du siècle suivant. Les constructions majeures conservées datent des X° et XI° siècles, avec un prolongement possible dans le XII°. Des trous de poteau témoignent de la plus ancienne phase de construction conservée, datée de 750-850. Ils déterminent le tracé d'un rempart de bois formé d'une double palissade parallèle. Ce type de levée est attesté au moyen-âge et en particulier à l'époque carolingienne, ce qui est confirmé par la datation de la céramique trouvée et qui provient du centre potier carolingien d'Autelbas. Ce premier aménagement fit place à un donjon en bois et une annexe entourés d'une palissade, avec en contrebas, des constructions en bois, encloses dans une autre enceinte. Le site se présente dès lors selon la formule classique de la cour et basse-cour et offre l'aspect d'un donjon sur motte. Cette phase est datée de la fin du X° siècle et avant 1050 ; plusieurs vestiges d'aménagements y sont attachés, comme la citerne, la cuisine, le four. Dans une troisième et dernière phase d'aménagements, un fossé creusé autour du piton rocheux isole encore plus le château, érigé cette fois en pierres maçonnées et prenant entièrement la place des anciennes constructions en bois.
Sugny, "Tchesté de la Rotche"
Vue aérienne oblique vers le nord-est.
Photo J. Debie
Sugny, "Tchesté de la Rotche"
Outils utilisés pour la confection des tissus.
Photo A. Matthys
Le site peut se visiter. Il est situé à 20 m à gauche de la route Pussemange-Membre (Belgique).
Des vestiges du château, il ne reste qu'une vague trace de mortier ou une faible entaille dans la roche. D'emblée se profile la problématique de la structure tricellulaire et de l'élévation de ce nouvel ensemble fortifié : une aula affectée à la résidence, une tour dominante remplissant les fonctions de protection, d'accueil et de réserve, ainsi qu'une cour ouverte avec citerne et montée de degrés menant à l'aula, le tout formant enceinte. Plusieurs outils témoignant d'une activité textile importante à l'intérieur du château ont été recueillis sur les pentes proches. En contrebas, les pentes encloses se couvrent à l'est et à l'ouest de sept bâtiments en bois. Ils abritaient divers petits ateliers : bas fourneau pour la fonte du fer, manufacture d'objets en bois de cervidés, activités d'un bourrelier, d'un menuisier. Ces vestiges constituent la basse-cour artisanale. Le " Tchesté de la Rotche " appartient à ces châteaux de la première génération dont l'origine, du moins entre Alpes et Rhin, remonte déjà au X° siècle. Ces résidences nobles, centres d'une exploitation agricole ou artisanale voire déjà industrielle, à l'aspect fortifié, sont les futurs centres de mainmise banale sur un territoire foncier. L'utilisation d'accessoires métalliques de buffleterie dorés et émaillés, l'emploi du fer à cheval, réservé avant le XII° siècle aux seuls animaux de selle seigneuriaux, les restes de cuisine où domine la consommation de viande bovine, sont autant de signes de classe. L'existence de petits ateliers témoigne d'une certaine autarcie économique. L'implantation du château dans une zone à vocation forestière, à proximité d'un axe routier important et de son croisement avec l'axe naturel de la vallée, pose à nouveau le problème de la fonction de ces établissements. La vente à réméré du domaine de Bouillon et de son château, autrefois consentie par Godefroi de Bouillon à l'évêque de Liège Otbert, prend ses effets en 1100. elle marque l'abandon du château de Sugny, délaissé par le pouvoir épiscopal. Le matériel archéologique final ne dépasse pas le début du XII° siècle.


Texte tiré de : "Archéologie en Ardenne" De la préhistoire au XVIII° siècle

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