Signy l'abbaye,vestiges d'une abbaye cistercienne

Signy l'Abbaye, vestiges d'une abbaye cistercienne

Article écrit par Christophe Huguenin, créateur du site mosa.ouvaton.org

Etude réalisée par la Société Archéologique du Sillon Mosan "S.O.S. Fouilles"

L'abbaye de Signy fut fondée en 1135 par des moines venant d'Igny. Vendue puis démantelée pour servir de carrière après la révolution française, il ne reste aujourd'hui strictement rien du plus ancien établissement cistercien du département. Au XIX° siècle, les ruines importantes de l'abbaye ont servi de remblai à une plate-forme servant de base à des implantations industrielles et à une ligne de chemin de fer.
La richesse de l'abbaye de Signy venait de ses nombreuses possessions entre le pays de Reims et de Laon, de l'exploitation de la forêt, de ses viviers, de ses ardoisières situées à Rimogne et surtout de la métallurgie du fer (forge du Hurtault). L'abbaye possédait également quelques quatre mille volumes dans sa bibliothèque, dont seuls trois cent subsistent encore à la bibliothèque municipale de Charleville et à la Bibliothèque Nationale.




Enluminures des manuscrits de Signy (Bibliothèque de Charleville-Mézières).

L'abbaye dût son renom à un ami de Saint-Bernard, Guillaume, ancien abbé de Saint-Thierry et biographe réputé. Entré dès 1135 comme premier postulant à l'abbaye de Signy, il y poursuivit son œuvre littéraire (Dispute contre Abélard, Vie de Saint-Bernard, Lettre aux frères du Mont-Dieu, etc…). Il mourut à l'abbaye de Signy le 8 Septembre 1148.
En 1226, un combat fut livré entre les convers du prieur Gilles Ier et les gens de Raoul, comte de Château-Porcien. En 1550, elle devint dépendance de l'administration royale, en 1650 elle fut pillée par les troupes allemandes, en 1652 par les troupes espagnoles et en 1658, par les calvinistes. Les fouilles montrent aussi des modifications importantes à la fin du XV° siècle (fortification de la porte sud).


Un plan cadastral de Signy-l'Abbaye daté de 1826 montre une zone blanche, cernée par la Vaux et ses rayères, située au nord du village. C'est cette zone " vide " qui fut choisie en 1994 par la municipalité de Signy-l'Abbaye pour installer un pôle scolaire et ses aménagements annexes.

Restitution du plan par Mme. Boucher
Ces travaux de construction ont permis de fouiller et d'étudier l'implantation de bâtiments appartenant à l'ancienne abbaye. Le chantier s'est déroulé du 18 mai au 27 août 1994.
Les murs subsistant gisaient sous plus de 1,20m de remblai. Sur une surface de 202 m², comprise entre la chaussée actuelle et la limite d'une usine, ont étés dégagés le dallage d'une cour ou d'une chaussée ainsi qu'un vaste bâtiment flanqué d'une tour. Sur la face nord de cette construction avec contrefort et mur monté sur deux voûtes, se trouvait un ensemble complexe d'anciens bâtiments avec pièces d'eau et filtre en bois, en relation avec des phases de destruction datées du XIV°-XV° siècle. D'intéressants ensembles mobiliers furent retrouvées dans ces couches.

Une gravure de Chastillon datée de 1650, et intitulée " la remarquable et riche abbaye de Signy ", montre une construction à deux tours. On peut avancer l'hypothèse que les fondations dégagées en 1994 peuvent être celles de ce bâtiment.

La remarquable et riche abbaye de Signy. Gravure de Chastillon, 1650.
A droite, légèrement colorisé, le bâtiment aux deux tourelles.
Actuellement, en dehors de cette gravure, nous n'avons plus de documents d'archives ni de plan concernant le bâti de l'abbaye.
Pour leurs besoins industriels, les moines du XII° siècle avait choisi une zone marécageuse en bordure de la rivière Vaux. Les industries qui se sont implantées par la suite sur le site ont réutilisé les réseaux hydrauliques créés par les moines.
Cet exemple de remblaiement de fond de vallée est comparable à de nombreux autres sites que l'homme a choisi pour s'implanter parce qu'il y trouvait nourriture, eau, vivier et protection (Mouzon, Warcq, etc…).
Les sites remblayés offrent surtout l'avantage de la conservation des vestiges enfouis et nous sommes souvent en présence de petits " Pompéï ".
Evolution du comblement du fond de vallée de La Vaux du XI° au XIX° siècle
XI° - XII° siècle XII° - XVIII° siècle XIX° siècle


Les bâtiments
Après un décapage de 0,80m de remblais industriels (ballast de voie ferrée, sable de fonderie, terre à jardins, etc…), les découvertes d'un vousseau et d'un sommier de voûte parmi des structures maçonnées, nous incitèrent à agrandir la fouille et à dégager le mur 101 qui présentait des traces de démontage de ses lits avec stockage des pierres 114 de part et d'autre, pour être vraisemblablement vendues.
Ce niveau qui scelle l'ensemble du bâtiment 104 et l'empierrement 129 renfermait quelques fragments de faïence blanche, deux bouteilles en verre datant du XVIII° siècle avec des ardoises de toiture, et reposait sur une couche de 0,20 à 0,30 cm d'épaisseur de limon fin de couleur gris brun qui peut correspondre à une couche de décantation. Cette dernière contenait une monnaie d'argent frappée à Neufchâtel en Suisse, datant du milieu du XVII° siècle. On peut avancer l'hypothèse que le démontage des murs et le stockage des pierres sont intervenus après un temps assez long d'abandon de ce bâtiment.


Vue d'ensemble des fouilles vers le nord.

Les fondations de la tour 105.

Le contrefort 104, les murs 101, 107, 108, la tour 105, délimitent un ensemble de pièces 115, 116 et 131. Ceci forme un tout homogène appelé bâtiment 104, auquel il faut ajouter un empierrement de chaussée ou de cour qui aboutit à un mur 107 protégé par une tour de flanquement 105.
Limitée au sud par l'entrée de l'usine plastique, à l'est par la rue desservant le camping et les bâtiment sportifs et à l'ouest par le mur de clôture de l'usine Socotep, la fouille ne pouvait que s'étendre vers le nord pour nous permettre de dégager entièrement le bâtiment 104 avec son architecture relativement incompréhensible en nous laissant supposer que cet ensemble bâtiment et chaussée ou cour était synchrone.


Le mur 107 part de la tour 105 et s'enfonce à l'ouest sous l'usine, devant ce mur 107 au sud, nous avons dégagé sur une surface de 105 m² un empierrement de chaussée ou de cour 129 . Ce hérissonnage recouvre les couches de remblais 119, 120, 121 et 137, un mur 106 à l'est, en pierre mal assemblées, s'appuie sur le ressaut des fondations de la tour 105.
Le mur 108 perpendiculaire au mur 101, montre une entrée d'escalier rebouchée par un mur de pierres 133 monté à l'argile. L'espace vide derrière ce rebouchage a livré une bouteille en verre cassée et des fragments de porcelaine blanche du XVIII° siècle.


Vue d'ensemble de la fouille vers le nord
avec la chaussée au premier plan

Gros plan de la chaussée vers le sud

Le mur 136 de façade partant du contrefort repose sur deux voûtes. Le pavage de briques abîmé à l'est par le démontage du mur 101 abouti à une grande pierre triangulaire avec une mortaise. Cet ensemble nous fait penser à une cheminée munie d'une sole en briques réfractaires.
Après le dallage de pierre à l'ouest, nous avons dégagé une pièce rectangulaire 116 de 3 m x 1,40 m. Aucun sol n'a été reconnu. La deuxième pièce 131 de 3 m de long et de largeur inconnue puisque limitée par le mur de l'usine présente une couche de bois pourri et calciné d'épaisseur non reconnue avec cinq rangées de clous plantés verticalement.


Mur 136 sur voûte, contrefort 104 et structure 144 plus ancienne

Le pavage de la pièce 116

La gravure de Chastillon représente un bâtiment avec deux tours de flanquement. On peut retenir l'hypothèse que les soubassements dégagés en 1994 peuvent être ceux du bâtiment dessiné sur la gravure.
Sous le contrefort appartenant au bâtiment 104 et le mur 136, reposant sur voûtes, nous avons retrouvé des fondations plus anciennes 124, 139 et 144, recouvertes par des couches de remblais 111, 112 et 113 datées du XVII° siècle et de la fin du XV° siècle.
Le mur 146 situé au nord du bâtiment 104 délimite une pièce de 5 m de long sur 3 m de large. Son remplissage 113 et 123 a fourni un nombre important d'objets, d'ardoises gravées et poteries. Ce remblai est daté de la fin du XV° siècle (grès de Beauvais), mais aussi des objets du XIV° siècle (sceau, ciseaux). Une construction 145 en quart de cercles concentriques descend jusqu'à l'arase du mur 146 avec un renfort de pilier rectangulaire. Au fond de cette construction semi-circulaire est apparut un conduit d'eau en pierre.


Le remplissage de la couche 123

Structure 145 en quart de cercle et escalier

Dans le prolongement du mur 146, au nord et à l'extrémité de la surface fouillée, nous avons retrouvé un large mur 140 de 1,15 m d'épais, appareillé de grosses pierres blanches soigneusement taillées en biais, ainsi qu'une tranchée 138 large de 0,51 m, qui pourrait aboutir à une ouverture 141 du mur 140 et à un curieux assemblage triangulaire de deux madriers de bois percés d'une rangée de mortaises de 5 cm de côté et 5 cm de profondeur. Des tenons de bois retrouvés dans la couche humide 142, s'ajustent exactement dans les mortaises de façon à former une sorte de grille (filtre à eau triangulaire disposé devant l'ouverture 141 du mur 140). Une réparation en brique formant un arc de cercle est constatée au côté sud de l'ouverture.
Les couches 142 et 143 renfermant des matières organiques, des bouteilles de verre et des débris de porcelaine blanche, datent l'abandon et le comblement de ces couches de la zone nord de la fouille vers la fin du XVIII° siècle.


Assemblage de bois (XVIII° siècle) devant l'ouverture 141, avec tenons et mortaises.
Les tenons, retrouvés dans la couche humide, ont été replacés dans leur position d'origine.


Empierrement : chaussée ou cour ?
Nous avons dégagé sur une surface de 26,6 m² un empierrement soigné 129, qui recouvrait le mur 106 et s'arrêtait devant le mur 107 et la tour 105.
La base du bombé de l'empierrement est délimité par une rangée de pierres plus importantes et forme vraisemblablement la base du trottoir 129.
La confection du hérissonnage est soignée. Les pavés sont plantés de champ dans un sol de gravier, la face externe est usée. Aucune trace de sillon due à des roues de chariots n'a été remarquée. L'orientation sud-nord et la présence actuelle de la rue de l'abbaye nous font plus penser à la présence d'une ancienne chaussée conduisant à une porte fortifiée de deux tours.
Le long du mur 106, un arrachage de pierres de pavage a été constaté et nous a permis d'effectuer un sondage stratigraphique et de trouver un riche matériel archéologique daté du XIII° à la fin du XV° siècle.



Canalisations
Deux types de canalisations en pierre et en bois furent reconnues au cours de ces recherches dans le secteur sud d'une future aire de stationnement. Au nord du bâtiment 104, sont apparus les restes d'une canalisation en pierre orientée nord-sud coupée perpendiculairement par la tranchée 109 dans laquelle furent retrouvés des manchons de fer pour conduits de bois, démontrant ainsi l'antériorité de cette canalisation en pierre. Les coupes stratigraphiques montrent que ces canalisations ont été creusées dans les remblais de démolition de bâtiments contemporains de l'abbaye.


La canalisation de pierre en cours de fouille.

Traces de la canalisation de bois coupant celle en pierre.
Noter les ardoises sur la couche 123.

Après l'abandon du réseau hydraulique, les pierres de couverture ont dû être récupérées puisqu'elles n'ont pas été retrouvées. Des pierres sculptées portant des marques de tâcherons ont été incluses dans la maçonnerie de ces canalisations.
Il nous est impossible de concevoir une utilisation précise de ces canalisations, à une époque où la force animale était avec l'eau, les principales sources d'énergie artisanale voire industrielle. Il semble d'après nos informations qu'il existe encore un réseau hydraulique souterrain très important, comme dans toutes les abbayes cisterciennes.

Couches de remblais - contexte des couches
L'exemple le plus caractéristique est celui occasionné par l'arrachage du pavage de la chaussée ou de la cour qui a livré des couches 119, 120, 121, riches en objets (poids monétaires, chandelier de voyage, carreau d'arbalète, poteries, etc…)
L'observation de la composition de la couche 128 nous renseigne sur une phase importante de la destruction du bâtiment, en effet le limon fin qui compose cette couche montre une séquence d'abandon assez longue et une exposition prolongée aux intempéries. La phase suivante étant le stockage des pierres qui reposaient directement sur cette couche de décantation.
Devant le contrefort 104 et le mur sur voûtes 136, nous avons dégagé sur une hauteur de 0,30 cm, une couche de remblai argileux 122, contenant des ardoises de toiture, des plombs et des fragments de verres de vitraux et un liard de France datant du XVII° siècle. Sur cette couche reposait une canalisation en pierre présentant un mauvais état de conservation. Cette couche s'appuie sur les maçonneries des voûtes du mur 136.
La couche 123 n'a pas été fouillée jusqu'au fond en raison de la présence constante de la nappe d'eau. Elle a néanmoins permit de dégager partiellement une pièce rectangulaire présentant une maçonnerie en mauvais état de 5 m de long sur 3 m de large. Riche en matières organiques de toutes sortes (coquilles d'œufs, noisettes, glands, noyaux), elle nous fait penser par sa couleur brun noir à des remplissages de vidanges, genre latrines ou cuisines. La chronologie de cette couche est vaste puisque nous avons trouvé un ensemble d'objets datant du XIII° au XVI° siècle (grès de Beauvais et de Siegburg, et des marmites tripodes provenant de Wéris-Morville - Belgique).


Moyeu de roue et sabots de bois.

Planches de tonneau et coquille d'œuf.

Enfin la couche 142 à l'est du mur 140 et l'ouverture 141 a livré, grâce à l'eau stagnante, des objets en bois (planches de tonneaux, sabots) et des semelles en cuir, de la faïence blanche et des fragments de bouteilles. La présence de bois conservés nous apporte une indication chronologique relative puisque dans les niveaux plus anciens comme par exemple la couche 132 nous n'avons pas retrouvé de bois. Cette couche 142 semble contemporaine de l'abandon de l'abbaye au XVIII° siècle.
L'important matériel archéologique découvert dans les couches de remblais, nous apporte des renseignements précieux sur la vie quotidienne, la chronologie et la fonction de ce bâtiment.
Les ardoises trouvées en abondance signalent la présence d'un toit en écaille de Rimogne. Les fenêtres devaient être décorées de vitraux de couleur (vestiges de plombs de vitraux et de vitres teintées bleu, vert et blanc). Les sols étaient vraisemblablement constitués de carreaux décorés vernissés et d'autres unis de couleur verte, noire, blanche et rouge.
Les clefs et ferrures de portes et de coffres trouvées en abondance nous renseignent sur la présence de nombreuses portes dans cette zone. La présence d'un carreau d'arbalète trouvé en 119 dans l'arrachage du pavage, peut confirmer l'hypothèse d'une porte fortifiée défendue par deux tours. Les nombreux ossements de boucherie semblent nous informer sur la proximité d'une cuisine. L'artisanat est représenté par un fragment de creuset de verrier avec coulée de bronze. Le travail à partir de bois de cerfs, par des déchets de coupe d'andouillers. Les activités religieuses, par la découverte d'un fragment de moule à hosties et par un magnifique chandelier en bronze émaillé et doré. Un fragment de sceau ainsi que des fermetures de livres en bronze sont les témoignages de l'activité intellectuelle de grande importance de la bibliothèque de l'abbaye. Le nettoyage minutieux de toutes les ardoises nous a permis de découvrir des écritures (redevances), des jeux, des rosaces et des essais d'architecture. Les fragments de tonneaux nous font penser à des entrepôts de vin ou de bière. Le transport est aussi représenté par la découverte d'un gros moyeu de bois.
En conclusion, cette richesse d'objets découverts dans les couches humides est exceptionnelle.


Toutes les enluminures médiévales proviennent de manuscrits issus de l'abbaye de Signy et figurent sur le site Internet
de la bibliothèque municipale de Charleville-Mézières (rubrique patrimoine)
Voir le site


Le mobilier




Carreaux de pavements
Ils ont été retrouvés sur toute la surface de la fouille. Ce sont principalement les couches 119, 120, 121 et 123, qui ont livré le plus de pavés en association avec d'importants ensembles de mobiliers archéologiques (poteries, monnaies, outils, ferrures, etc..). Aucun pavé en place n'a été retrouvé sur un sol d'habitat.
Cinquante-sept fragments de carreaux décorés ont été recensés et dessinés. Associés à ces derniers, nous retrouvons aussi des pavés à couleur unie, noirs et blancs pour les polis, brique claire à rouge foncé et vert plus ou moins tigré pour les carreaux vernis.
La forme est en général proche du carré. Mais nous avons aussi des pavés triangulaires pour le décor des angles. Les bords, pour pallier à la dilatation et à la déformation sont biseautés. Les décors sont obtenus par estampage dans l'argile molle, l'empreinte obtenue est emplie d'argile blanche coulée à la barbotine. Une glaçure à base de plomb recouvrait la surface du pavé qui était ensuite cuit dans un four.
Presque tous les fragments décorés sont bicolores, le décor est blanc ou jaune sur un fond de couleur brique de rose à rouge. Le fragment 37 est tricolore, vert, jaune et rouge, la glaçure contient des grains noirs brillants (basalte) et semble provenir d'ateliers étrangers à la région (Eifel).
Parmi les carreaux décorés, les motifs floraux sont les plus nombreux. Nous avons en premier des fleurs de lys, des roses et des trèfles. Principalement basé sur le segment de cercle, il fallait deux, quatre, huit et seize carreaux pour obtenir un motif complet. Deux fragments de pavés sont à décors géométriques triangles et losanges (45 et 46). Souvent, nous rencontrons l'association de motifs géométriques avec des fleurs. Les animaux apparaissent sur deux carreaux. Un seul carreau comporte des lettres entre des cercles. Son épaisseur, le brillant épais du vernis et sa pâte rose à grains rouges, semblent de production plus récente.
Rencontrés uniquement dans les couches de remblai, la datation de ces carreaux de pavement est étalée sur plus de trois siècles.
La technique et le décor sont ceux couramment rencontrés dans la région champenoise, mais nous n'avons trouvé aucune similitude exacte des carreaux à Signy. On peut penser que cette abbaye pouvait produire ses propres pavements avec des décors appropriés à son esthétisme.


Céramique
Ce sont à nouveau les mêmes couches riches en informations de toute nature sur la vie de l'abbaye qui ont livré le plus de céramiques, toutes très incomplètes et très fragmentées.
Les marmites tripodes à glaçure métallifère sont de loin les mieux représentées et se retrouvent dans toutes les couches étudiées.


Gobelet en grès gris pâle
de Siegburg, pied festonné et
évidé, panse ovoïde côtelée.
Tache brune de trop cuit.
8,4 cm de diamètre,
7,8 de hauteur.

Gobelet en grès gris
de Beauvais, pied étroit,
panse ovoïde côtelée.
8,6 cm de diamètre,
8,3 de hauteur.

Marmite tripode.
Vernis de couleur gris noir, métalifère sur toute
la surface intérieure et extérieure.
13,6 cm de hauteur.

Les gobelets et les coupelles ou couvercles en grès gris blanc arrivent en deuxième position.
Nous avons aussi quelques pichets à col cylindrique et d'autres à bec tréflé.
Deux gourdes crapauds et un couvre-feu en pâte rouge vernissée sont uniquement présents dans la couche 123.
Il faut noter l'absence de coupes, d'assiettes et de tèle à lait parmi tous les tessons trouvés et examinés.
Les grès (gobelets et coupelles ou couvercles) proviennent de Beauvais pour ceux à pied plat et de la région rhénane pour ceux à pied festonné.


Gourde en terre, fin du XV° siècle.

Pichet ovoïde à bec treflé, le pied est manquant.
Pâte de couleur rose et tache de glaçure orange sur la panse.
17,6 cm de diamètre.

Ces grès sont toujours bien représentés dans les couches datées de la fin du XV° siècle et du début du XVI° siècle (cour carrée du Louvre et salle à l'archère du château de Sedan).
Les marmites tripodes servant le plus souvent à cuire des potages et des ragoûts étaient posés directement sur l'âtre. La trace épaisse de suie sur les parois témoigne de cette pratique culinaire.
Cette pré-étude de la céramique retrouvée illustre les coutumes alimentaires des habitants de cette abbaye où prédomine, pour la fin du XV° siècle-début du XVI° siècle, l'usage des pots à cuire. En l'absence d'assiettes et de coupes, on peut penser que celles-ci étaient réalisées en matériaux périssables.

Matrice de sceau en bronze (XIV° siècle)
Il s'agit d'un sceau en navette, forme usuelle pour les sceaux d'abbés. Dans une chapelle gothique, l'abbé trône coiffé d'une mitre et tenant une crosse dans sa main droite. Sa main gauche n'est plus visible. On peut supposer qu'elle tenait un livre, dont on peut deviner le bord supérieur. Il ne reste que le début et la fin de l'inscription : "Sigilum fr [atr] is ontis…" les trois dernières lettres sont illisibles, de même qu'on ne peut déceler le nom de l'abbé, qui devait figurer après le terme fratris.



Matrice de sceau en bronze.


Fragment de moule à hosties (XIV° siècle)
Le format du fragment de cet objet en terre cuite fait penser à un moule à hostie ou à pain béni. Et à vrai dire, il est difficile de déterminer exactement son usage. Moins du huitième de la surface de l'objet est conservée, néanmoins on peut deviner la figure centrale qui est inscrite dans au moins deux larges cercles ornés de lobes. Ces cercles portaient des inscriptions dont il ne reste que quelques mots : " Sp[iritus]s s[tu]s et " , " …et trinus in person " et " trinitas ". dans le demi-lobe subsistant, on découvre un aigle sur fond orné d'étoiles. On peut penser au symbole de l'évangéliste Jean et supposer que les trois autres lobes portaient les symboles des autres évangélistes. On peut simplement rappeler que la dévotion à la trinité est ancienne dans l'ordre cistercien (sa fête est prescrite dès 1230) et que l'extension de cette dévotion à l'ensemble des fidèles a été favorisée au XIV° siècle par Jean XXII. Par ailleurs, on peut également signaler qu'à l'abbaye de Signy, une chapelle fut dédiée entre autres à la sainte trinité en 1216.


Fragment de moule à hostie.


Chandelier de voyage (XIII° siècle)
Ce chandelier de voyage est constitué d'un socle circulaire conique fait d'une feuille de cuivre mince emboutie, émaillée et dorée, surmonté d'une pointe creuse de cuivre uni en tronc de cône effilé sur laquelle on fixait le cierge creux. La décoration héraldique et ornementale de ce chandelier de voyage emboîtable est répartie selon l'espace radial : quatre écus qui font alterner deux armoiries : d'argent à la croix de gueules et de gueules au château d'or, une tiercefeuille gravée dans les 4 écoinçons délimités par les écus. Cet objet porte donc des armoiries "passe-partout" : celles de Castille omniprésentes sur tous les supports à partir des années 1240 ,celles à la croix rouge qui se retrouvent notamment sur un chandelier du Louvre. Il témoigne d'une fabrication en série à Limoges, à la fin du XIII° siècle.


Le chandelier en place lors de la fouille.

Détail des armoiries du chandelier.

Clés
Les nombreuses clés et ferrures de portes et de coffres, le gond et les plaques en fer peuvent témoigner de l'importance accordée sur la partie fouillée à la fermeture.
Une forcette tout à fait semblable à celle de Signy fut trouvée sur le Mont-Vireux dans les couches de remblais des habitats datés du début du XIV° siècle.


1 à 6 : clés en fer
 7 dé à coudre en bronze
 8 petite attache de livre en bronze
 9 boucle en bronze
10 épingle en bronze
11 spatule en bronze
12 clou de fixation d'ardoise
13 et 14 clous en fer
15 forcette en fer avec marque du     fabriquant
16 pène en fer à deux barbes
17 plaque d'applique en bronze

Ferrures de porte.


Fermetures de livres articulées en bronze
Les fouilles de Signy ont livré trois fermetures de livres en bronze. Le masque de diable décorant la boucle 58 s'inspire de l'art roman.



Fermoir de livre.


Ardoises
C'est la couche 123 qui a livré toutes les ardoises gravées. 25 en tout furent répertoriées, leur datation est complexe, seule la couche est datée de la fin du XV° siècle, d'après les grès de Siegburg et de Beauvais. L'ardoise est un support naturel pour l'écriture et la gravure. Son prix de revient est nettement inférieur à celui du parchemin ou d'autres supports (n'oublions pas que l'abbaye possédait les ardoisières de Rimogne). Les ardoises à inscriptions trouvées dans ces fouilles forment un ensemble très intéressant. D'une façon générale, ces écritures destinées à des usages provisoires ou de travail restent rares. Sur certaines d'entre elles, l'écriture se réduit à des traits si détériorés qu'une lecture en est souvent impossible.
L'ardoise 81 est la plus claire. Toutes les lignes se terminent par le terme "chapon" précédé d'un nombre en chiffres romains. Il s'agit sans doute d'une liste de redevances dues à l'abbaye.


Inscriptions de l'ardoise 82.

L'ardoise 82 pourrait relever aussi d'une liste de redevances, à moins qu'il ne s'agisse d'un compte de dépenses : on décèle les mots abrégés "d" et "s" pour denier et sous ?
Toutefois, il ne s'agit pas toujours de comptes. L'ardoise 92 porte quelques lignes d'une écriture qui semble régulière et soignée. Les éléments en sont trop partiels et abîmés pour permettre une lecture vu la petitesse du module.
Un certain nombre d'exemplaires représente des dessins. Le plus simple est celui d'une tour à toit pointu schématisée en quelques traits rigoureux. Aucun de ces dessins n'est complet, sauf la tour. En l'absence d'indications plus complètes, on peut supposer que ces dessins ont été fait par des élèves ou des apprentis.

Objets de bois, de cuir, d'os et restes de bois de cerfs
Le richesse des couches de remblais datées de la fin du XV° siècle a livré des extrémités d'andouillers et une meule de corne de cerf avec son départ de bois scié.
Au Bas-Empire et surtout au Moyen-Age, le travail des bois de cerfs se rencontre presque sur tous les sites d'habitats que nous avons étudié (Mouzon, Château des fées, Sedan et Bétenval à Boulzicourt) et au-delà dans tout l'occident médiéval. Les bois de cerf servaient surtout à la fabrication de peignes, de jetons de jeux, de phylactères, de manches de couteau, etc…
Les restes de bois (planches, restes de tonneaux, moyeu et sabot) ainsi que le cuir ont été trouvés dans la couche humide 142, datée de la fin de l'occupation de l'abbaye au XVIII° siècle. Des madriers de bois cloués, servant vraisemblablement de filtre à eau, furent aussi dégagés.


Fragments de vousseaux.

L'étude des moulures des vousseaux en pierre calcaire blanche nous permet de dater celles-ci du XIII° siècle. La couche 123 a livré un fragment de chapiteau en calcaire noir datant du cloître bâti par le deuxième abbé Allard de Genilly (1156-1170) et un élément de double voûte en pierre blanc-jaune.



Conclusion générale
L'épaisseur des remblais a permis de préserver les vestiges enfouis et de réaliser une fouille urbaine exemplaire malgré une surface étroite et non extensible. La qualité des vestiges architecturaux et la quantité des objets recueillis sont surprenants et justifient à eux seuls l'utilité des recherches menées à cet endroit.


Toutes les enluminures médiévales proviennent de manuscrits issus de l'abbaye de Signy et figurent sur le site Internet
de la bibliothèque municipale de Charleville-Mézières (rubrique patrimoine)
Voir le site


Sources : "Revue Historique Ardennaise"
Commentaires (1)

1. Christophe Huguenin (site web) 15/12/2009

Bonjour,
C'est assez flatteur pour moi de vous voir recopier sans en modifier un iota toute la partie "moyen-âge" de mon site "mosa" (et depuis si longtemps).
Mais pourquoi ne jamais citer vos sources ?
Est-ce par antipathie chronique pour ma personne ou par peur d'avouer votre plagiat intégral ?
En tout cas bravo pour la qualité de vos informations, mais un petit effort de transparence serait quand même le bienvenu.
Cordialement,
Christophe Huguenin,
Créateur du site Mosa

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