Reims. Ancienne abbaye Saint-Rémi

 Les galeries se superposent, se contournent d'une façon complexe au gré des besoins en craie, ou d'abris, dans ce secteur de la ville. Chaque front de taille, ou intersection de galeries, porte l'empreinte d'un monogramme ou d'un signe gravé sur la roche, le plus souvent en chiffres romains. Chaque extracteur ou utilisateur du souterrain semble ainsi posséder un lieu qui lui est propre (fig. 7). Ce type de marquage peut évoquer une organisation de groupe spécifique à certaines professions...
     La découverte d'un bloc de craie inclus dans la maçonnerie de soutènement d'un mur du réseau de l'abbaye Saint-Rémi, nous renseigne plus précisément : il s'agit d'un bloc de grandes dimensions (30 x 20 x 15 cm) qui possède un marquage à double signes. Sur la face principale, est gravé un marquage composé par des chiffres romains surchargés par 3 ou 4 barres parallèles. Ce type de signe nous laisse supposer que le carrier se contentait d'extraire les blocs de taille importante en les identifiant par sa griffe. Les blocs stockés dans les galeries étaient peut-être vendus sur place et payés à la pièce aux tâcherons, tailleurs de craie, ou maçons (fig. 7).
     Les acheteurs en effectuaient ensuite le débit en petits parallélépipèdes destinés à la construction. Les tailleurs étaient également payés à la pièce, identifiés par un marquage plus sommaire à l'aide de barres parallèles ou entrecroisées (fig. 7).

Figure 7. - Reims. Ancienne abbaye Saint-Rémi, signes lapidaires.

     L'ensemble des galeries de l'ancien collège des Jésuites et du quartier Saint-Rémi porte l'empreinte de ces monogrammes ou chiffres permettant de localiser les zones de provenance et de propriété des matériaux ainsi extraits.


Figure 8 : Reims, Ancienne abbaye Saint-Rémi, signes lapidaires
     Au Moyen Âge, les ouvriers inscrivaient sur chaque bloc extrait un signe qui restait apparent permettant d'identifier son auteur. Il est admis qu'au XIIIe siècle, ces marques étaient composées par des chiffres et quelquefois par des lettres. Elles ne devaient être composées que d'éléments en ligne droite afin que l'on puisse facilement les tracer avec les outils usuels : la hache, le pic, le marteau de maçon, etc... Ce marquage devait se réaliser le plus rapidement possible et a, de cette façon, produit des signes simplifiés. Exemple : le signe XX| signifie XX, le signe X/ signifie XV, etc... (fig. 8).
     Ces marques ou signes ne sont plus visibles sur les parements appareillés vers la fin du XVIIe siècle car les ouvriers payés à la pièce les ont livrées sur le chantier à l'appareilleur ou au maçon et ni l'un ni l'autre n'avaient intérêt à ce que ces marques soient apparentes. Au Moyen Âge, en revanche, dans la majorité des cas, l'ouvrier n'était payé que lorsque la pierre était en place (ou commandée sur le lieu d'extraction) et qu'il était constaté ainsi qu'elle avait la coupe et la taille voulues.
Commentaires (1)

1. Di Palma Salvatore 10/06/2011

Bonjour,
J'ai lu avec un grand intérêt votre article.
Je suis en train d'écrire une "Histoire des marques dans l'antiquité", raison pour laquelle je vous demande l'autorisation de publier dans mon livre la figure 7 (Reims: Ancienne abbaye Saint-Rémi, signes lapidaires).
Je vous remercie de votre aimable collaboration.
Mes meilleures salutations.
Salvatore Di Palma

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

banniere-1.png

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×