La géologie

Au Moyen âge , les questions touchant à la géologie sont d'abord abordées dans le monde arabe. En Mésopotamie, les Frères de la Pureté et de la Sincérité ( Al-Fergani) expliquent au XIe siècle, évoquent l'érosion des montagnes et imaginent que leurs débris seront le matériau à partir duquel s'érigeront un jour de nouvelles montagnes. Vers la même époque, Avicenne s'intéresse aux mécanismes de la fossilisation et attribue aux séismes un rôle central dans l'orogenèse. En revanche, l'Europe médiévale ajoute peu de chose aux notions de géologie et de paléontologie de l'Antiquité. Lorsque les ouvrages Arabes et des Grecs sont connus, on en reprend les idées. Au milieu du XIIIe siècle, Albert le Grand puise ainsi ses conceptions géologiques chez Aristote et Avicenne. Il s'inspire aussi de ce dernier pour écrire un traité de minéralogie. Les recherches minéralogiques en vue de l'extraction des minéraux utiles n'avaient pas cessé depuis l'Antiquité. Au VIe siècle, les Slaves et les Vendes avaient commencé à exploiter les mines de Bohème et, avant l'an 1000, les riches mines de Hongrie, de Saxe, etc., avaient été découvertes. Mais avant Avicenne et Albert, personne depuis le temps de Pline n'avait plus écrit sur la question.
La présence de ces fossiles sur les hautes montagnes fut également citée par les théologiens comme une preuve de la réalité du Déluge de Noé ( Genèse ).Ce fut le cas, en particulier de Tertullien et, après lui, de saint Augustin, et ce point de vue sera encore développé à la fin du XIIIe siècle. Mais déjà, ce qui apparaît rétrospectivement comme la grande question géologique du Moyen âge commence à affleurer. Elle concerne la répartition des océans et des continents à la surface du globe.


La dispute de l'eau et de la terre.
La Bible donne à penser qu'il ne peut y avoir de continent bien séparé du monde habité (oekumène), car comment aurait-il été évangélisé? Bien sûr, on peut toujours imaginer, à condition qu'ils soient inhabités, qu'existent d'autres continents que les trois connus (Europe, Asie, Afrique) et qui sont solidaires. Mais il est plus simple d'admettre que ce n'est pas le cas, et qu'en particulier un océan immense, centré sur les antipodes, recouvre le globe à l'exception de l'oekumène. Reste dans ce cas à expliquer, comment s'effectue la séparation de l'eau et de la terre. En effet, dans le cadre de la physique d'Aristote, chaque élément se répartit dans le cosmos en fonction de ce qu'est son lieu naturel. Or, la terre est l'élément dont le lieu naturel est le centre du cosmos, et le lieu de l'eau se trouve au dessous (c'est ainsi qu'on explique qu'une pierre lancée dans une mare coulera!). On peut même donner des explications plus théologiques . En 1320, Dante explique dans sa Querelle de l'eau et de la terre que ce qui définit le lieu naturel d'un élément, c'est sa noblesse. L'eau (utilisée pour les purifications ) est plus noble que la terre (signe de souillure), et doit donc se trouver au-dessus d'elle, plus près du ciel . Quoi qu'il en soit, il résulte de telles conceptions que le globe devrait être entièrement recouvert d'eau, et que l'existence de continents est une énigme.
Dante esquisse, avant de les rejeter, deux possibilités, soit la Terre est bombée, soit elle est composée de deux globes imbriqués et dont les centres ne coïncideraient pas. Le globe d'eau légèrement excentré par rapport au globe de terre laisserait ainsi naturellement émerger une fraction de ce dernier. Ces même idées agitent également les représentants de l'École Parisienne du XIXe siècle. Mais, eux sont décidés à à engager sur le sujet une réflexion réellement physique, et sont disposés à s'écarter de l'orthodoxie aristotélicienne, même si la physique d'Aristote reste à le yeux le meilleurs recours. Nicole Oresme, Pierre d'Ailly, et surtout Jean Buridan abordent la question. Buridan, qui adapte à sa manière la thèse des globes excentrés et s'attache à justifier l'existence d'une région continentale en évoquant une hétérogénéité des diverses régions de la Terre (due à l'action du Soleil); ce qui justifierait bien à ces yeux que certaines parties aient coulé sous les océans, mais que d'autres puissent se maintenir au-dessus.

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