La terre au Moyen Age

La Terre au Moyen Âge

Au Moyen Âge, la représentation du monde est fondée sur les principes de la cosmographie et de la géographie gréco-latines.
En Occident, ces principes sont adaptés à l'héritage biblique et à la finalité chrétienne. Il faut attendre la fin du XIIIe siècle pour que se développent des "cartes" fondées sur un relevé précis des côtes : les "cartes-portulans".
De leur côté, les Arabes adoptent plus tôt le système de projection "scientifique" de Ptolémée, dont la Géographie ne sera redécouverte en Occident qu'à partir du XVe siècle. Néanmois, les musulmans ne renoncent pas à la centralité de l'Islam, et s'attachent surtout à décrire les pays musulmans.

L'héritage grec

C’est à partir des mythes helléniques et sur la base des observations astronomiques mésopotamiennes que la science prend son essor chez les Grecs, au VIe siècle avant J.-C. Dès L’Iliade (VIIIe siècle av. J.-C.), le fameux bouclier d’Achille offre l’image symbolique d’un monde circulaire. Le décor figure "la Terre et le ciel et la mer". La connaissance de la Terre implique nécessairement la référence au cosmos. De l’idée d’un cosmos sphérique et géocentrique découle la conception des cercles dans le Ciel. C’est la projection des cercles célestes sur la Terre qui donne la géographie : "La géographie partage la Terre selon les cercles du Ciel", explique Ptolémée (90-168) quelques siècles plus tard. Les premières cartes du monde habité sont dressées par des savants à la fois astronomes et géographes, comme Eudoxe (406-355 av. J.-C.) et Ératosthène (276-194 av. J.-C.).
   

 

Cinq zones climatiques


Directeur de la bibliothèque d’Alexandrie au IIIe siècle avant J.-C., Ératosthène est un des fondateurs de la géographie. C’est lui qui, le premier, a calculé la circonférence de la Terre. Bien informé par les récits de voyages rassemblés à la Bibliothèque et par ses relations avec les savants du Musée, il associe les deux facettes de la "graphie" de la Terre : l’écriture des noms de lieux et le dessin des terres émergées. Il étudie la répartition des océans et des continents, les vents, les zones climatiques. Comme Pythagore (VIe s. av. J.-C.) et Parménide (544-450 av. J.-C.) avant lui, il définit cinq zones : celle de l’équateur, torride et supposée inhabitable, et, de part et d’autre, deux zones tempérées et deux zones glaciales. La zone tempérée septentrionale correspond au monde habité, appelé "œcumène". Au IIe siècle avant J.-C., l’astronome Hipparque perfectionne le principe des cinq zones par un quadrillage de parallèles et de méridiens, très pratique pour localiser les lieux et pour mieux évaluer les distances.

 

La Géographie de Ptolémée


Mathématicien, astronome et géographe, Claude Ptolémée (90-168) vivait à Alexandrie au IIe siècle après J.-C. Il couronne la science de l’Antiquité en rassemblant sept siècles de savoir antique dans trois ouvrages principaux : l’Almageste pour l’astronomie, la Tétrabible pour l’astrologie, et la Géographie, un ensemble de huit volumes comprenant une carte générale et vingt-six cartes particulières. Ces livres témoignent de l’unité du monde et de l’interdépendance des savoirs.


  
 

Ptolémée géographe établit une liste de coordonnées en "longueur" (longitude) et en "largeur" (latitude), pour de nombreuses localités de l’œcumène dont il liste plusieurs milliers de toponymes. Le monde de Ptolémée est divisé en "sept climats", c’est-à-dire en sept zones thermiques (ou "climatiques") parallèles. En astronomie, le fameux "système de Ptolémée" décrit le mouvement du Soleil, de la Lune et des planètes. Celles-ci tournent autour de la Terre qui, immobile, est placée au centre de l’univers. Également astrologue, Ptolémée pense que les astres, en particulier les planètes, déversent sur la Terre des "influences" qui touchent directement les hommes, individuellement ou collectivement.

À la fin de l’Antiquité, lors des bouleversements issus de la chute de l’Empire romain, les livres et les cartes tombent dans l'oubli. À partir du IXee siècle.
siècle, les savants arabes et persans, installés au centre du monde par l’expansion de l’Islam, traduisent les ouvrages grecs et sauvegardent la science de Ptolémée. Malgré ses défauts et ses erreurs, son œuvre forme un savoir de référence qui fera autorité jusqu’au XVI

La géographie arabe


   

 

Une géographie cosmogonique


Avant l’islam, les connaissances géographiques des Arabes se limitaient à quelques notions de cosmogonie héritées des traditions babyloniennes, iraniennes, juives et chrétiennes. Quelques traces en demeurent dans le Coran et la poésie préislamique. Certaines de ces traditions exercèrent une profonde influence dans la cartographie arabe, comme la manière de représenter le monde sous forme d’oiseau.

 

Une géographie scientifique


Une géographie plus scientifique émerge au VIIIe siècle. Avec l’expansion musulmane vers l’Europe et l’Asie, de nombreux ouvrages indiens, grecs et persans sont rassemblés et traduits sous l’impulsion des premiers califes abbassides. L’influence indienne s’exerce sur l’astronomie. Les connaissances iraniennes se retrouvent surtout sur la géographie descriptive et régionale et dans la cartographie. Mais c’est dans la géographie grecque que les savants arabes trouvent un véritable fondement scientifique avec la mesure de l’arc méridien et celle de la circonférence de la Terre. La Géographie de Ptolémée (90-168), dont il reste aujourd’hui l’adaptation d’al-Khuwârizmî († 847), est traduite plusieurs fois. La base hellénistique de la géographie arabe est prédominante en géographie mathématique, physique et humaine. Mais certains savants arabes reprennent encore la notion cosmogonique iranienne des sept "kishwars" : le monde est divisé en sept cercles géographiques égaux, le quatrième cercle représentant le centre du monde (l’Iran ou La Mecque) ; il est placé au centre des six autres cercles disposés autour de lui. Les traditions persanes influent fortement sur la géographie arabe, comme en témoigne l’emploi de termes persans dans le domaine maritime. L’assimilation de ces apports étrangers et les progrès réalisés dans le domaine de l’astronomie conduisent à une véritable révolution géographique. Entre 813 et 833, la première grande carte du monde est dressée à Badgad par les savants du Bayt al-hikma, la "Maison de la Sagesse".


   

 

Une littérature géographique


À partir du XIe siècle se développe une véritable littérature géographique écrite en arabe. Cette discipline n’est alors pas conçue comme une science bien délimitée mais répartie dans plusieurs domaines du savoir. Des astronomes et philosophes comme al-Kindî (796-873) enrichissent ainsi la géographie de leurs recherches théoriques. La littérature maritime et les récits de voyage relèvent davantage de l’imaginaire. Les plus anciens d’entre eux, attribués au marchand Sulayman (vers 850), décrivent ses impressions de voyage sur un mode fantastique. À sa suite, une littérature de "merveilles" amplifie le goût du fabuleux aux dépens de la description des faits, comme en témoignent les récits des merveilles sur la Chine et l’Inde.

 

Une géographie administrative


La géographie des "itinéraires et royaumes" décrit les routes et les pays de l’Empire islamique de manière plus administrative. En plus de son caractère d’érudition, elle a un rôle utilitaire pour les fonctionnaires, les armées ou la collecte des impôts. Deux écoles dominent ce nouveau genre : l’école irakienne et l’école d’al-Balkhî. Les auteurs de l’école irakienne décrivent le système routier, la topographie ainsi que la géographie physique, humaine, économique et mathématique du monde en général. L’école d’al-Balkhî († 934) se restreint à la description des pays d’Islam mais dépeint chaque province de façon détaillée et originale. En 920, son fondateur al-Balkhî divise le monde islamique non plus en "kishwars" ou en "climats", mais en provinces dont la définition repose sur une base purement territoriale. Il dresse une carte séparée de chaque section et de ses frontières, fondée sur des bases plus scientifiques. De nombreux savants diffusent ses idées en les enrichissant de leurs propres expériences de voyage. Ils élargissent ainsi le champ des descriptions géographiques tout en mettant l’accent sur l’information directe et la véracité des sources.

 

Des compilations géographiques


La géographie arabe est à son apogée au XIe siècle : cette science s’est constituée une place particulière dans la littérature en intégrant récits de voyages, descriptions du monde et considérations philosophiques. Les géographies ultérieures feront des ouvrages de compilation qui traitent une information de seconde main. Celle d’al-Idrîsî, la plus remarquable, est la seule géographie arabe à pénétrer par la Sicile en Occident. Aux XIIe et XIIIe
siècles apparaissent des compilations destinées à un large public. Celles-ci traitent non seulement de géographie mais aussi de cosmologie, d’astrologie ou d’autres matières de cet ordre. La littérature de voyage connaît, elle aussi, un grand développement et offre une information contemporaine sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, comme en témoignent les célèbres voyages et périples d’Ibn Battûta (1304-1377).

La tradition chrétienne

   

 

La Terre est bien ronde


Contrairement à une opinion encore trop largement répandue, la Terre n’est pas considérée au Moyen Âge comme un disque plat flottant sur les eaux. La notion de sphéricité terrestre héritée de la géographie astronomique des Grecs n'a jamais disparu. Dès le VIIe siècle, au moment où apparaissent les premières mappemondes, la Terre est désignée par le terme sans équivoque de globus, un globe, ou spera, une sphère. La partition en cinq zones proposée par Parménide (544-450 av. J.-C.) au Ve siècle avant J.-C. – une zone torride, deux tempérées et deux glaciales – a été transmise par les auteurs de l'Antiquité tardive. Sous l'influence conjointe des textes astronomiques arabes et des traductions de Ptolémée (90-168), cette division en zones est parfois remplacée par une division en "climats" qui permettent de prédire, comme l'explique la Tétrabible, les qualités universelles.
   

 

Le partage du monde habité


La plupart des représentations médiévales ne considèrent que la terre habitée : ce sont les "mappemondes". Parfois, leur forme ovale, en "chlamyde", vient rappeler qu'elles ne figurent qu'une partie de la surface du globe terrestre. Héritées des représentations antiques partiellement conservées, ces mappemondes reflètent la manière dont la chrétienté conçoit l’évolution historique et la localisation de l’humanité. Leur division tripartite – Asie, Afrique, Europe – s'efforce de concilier une tripartition géographique héritée des Grecs, admise déjà par Hérodote, avec l'héritage biblique du partage réalisé après le Déluge entre les fils de Noé, auquel s'ajoute au XIIe siècle une tripartition fonctionnelle :  l’Asie des hommes libres ou des prêtres pour Sem ; l’Afrique des esclaves ou des travailleurs pour Cham ; l’Europe des guerriers pour Japhet. Cette référence biblique permet d’embrasser l’humanité entière dans des divisions ethniques et sociales.

 

L'image du monde en TO


Dès le VIIIe siècle, les représentations schématiques de la terre habitée prennent la forme dite du "T dans l’O" : les trois parties, inscrites dans le O de l’anneau océanique, sont séparées par le T dont la hampe figure la Méditerranée et les branches représentent deux fleuves : l’une, le Tanaïs, limite traditionnelle entre l'Europe et l'Asie ; l’autre, le Nil, partage ordinaire de l'Asie et de l'Afrique. Ce monde est fini, clos par le cercle océanique infranchissable.


 

Les mappemondes sont souvent orientées vers l'est, c’est-à-dire vers le soleil levant, orientation cardinale qui prend valeur théologique par analogie avec le Christ, vrai Soleil et lumière véritable. L’Orient et le Paradis terrestre sont placés en haut. À partir du XIIe siècle, la signification spirituelle de ces représentations est renforcée par la position centrale de Jérusalem, "ombilic de la Terre". À l’intérieur de ces trois parties du monde s’insère la représentation des montagnes, "ossature de la Terre", et des fleuves qui la "parcourent comme les veines d’un grand corps". Puis viennent des vignettes urbaines évoquant les cités, agrémentées de tours, de murailles ou d’églises. La forme traditionnelle du TO tend à disparaître derrière la complexité du tracé tandis que les légendes et les vignettes occupent une place de plus en plus importante. Miroir de la création, la mappemonde d'Ebstorf se présente comme une véritable encyclopédie du monde médiéval.
   

 

Les cartes-portulans



 

Dans un contexte d’essor du commerce maritime, une nouvelle représentation cartographique, résultat de l’observation des marins, se répand au XIVe siècle depuis l’Italie. Ce sont les "portulans", à la fois textes décrivant les côtes et les ports, et cartes nautiques peintes sur parchemin avec l’indication des îles, abris et amers pour reconnaître un rivage. En toile de fond se développe un réseau de lignes géométriques appelé "marteloire", différent du quadrillage des parallèles et des méridiens. Issues des roses des vents, ces lignes de rhumbs ne servent pas à mesurer les distances, mais indiquent aux marins les angles de route pour se diriger avec la règle, le compas et surtout grâce à l'usage de l'aiguille aimantée de la toute nouvelle boussole.

 

La redécouverte de Ptolémée


De 1401 à 1406, Jacopo d'Angelo da Scarperia traduit du grec au latin la "cosmographie" de Ptolémée, dont le manuscrit avait été apporté de Constantinople par Manuel Chrysoloras. Le titre grec de "géographie" n'apparaît qu'à partir de la traduction italienne du Florentin Francesco Berghieri (publiée en 1478).
Le texte traduit par Jacopo d'Angelo était accompagné de cartes, transcrites à leur tour en latin vers 1415 et dont l'origine demeure incertaine. Sont-elles l'œuvre de Ptolémée lui-même ? Ou des constructions plus tardives comme celles réalisées au XIIIe siècle à Constantinople par Maxime Planude (1260-1310) ? Quoi qu'il en soit, les manuscrits latins, copiés en Italie puis dans le reste de l'Europe occidentale à l'intention des grands personnages du temps, se distinguent par leur qualité et la beauté de leurs illustrations. La plupart de ces manuscrits renferment un jeu de vingt-sept cartes : vingt-six cartes régionales en projection orthogonale et une carte du monde, généralement en projection conique. À cette cartographie de base s'ajoutent bientôt des cartes "modernes" et des plans de ville.

 
 

Avec la traduction latine de Ptolémée, le monde occidental dispose désormais des outils nécessaires, grâce aux projections, pour construire une représentation géométrique du monde connu et des mondes à découvrir.

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