L'homosexualité masculine à Venise aux XIVe et XVe siècles

Du XIVe au XVe siècle à Venise, la répression de l'homosexualité masculine est un souci des autorités de la Sérénissime.

 Au Trecento (XIVe siècle) l’Italie est divisée en plusieurs états. La répression de l’homosexualité masculine se fait au niveau municipal.[1]A Venise la répression de la sodomie est une réalité. Elle se développa, car à la fin du XIIIe siècle, le Grand conseil prend en charge les délits sexuels.[2]

  Venise une république aristocratique

A la tête de cette république aristocratique, il y a un doge élu par un collège restreint de 40 membres. Le doge est le premier magistrat de la cité. Le Grand conseil rassemble tous les corps de la noblesse vénitienne et détient le pouvoir législatif. Le Sénat s’occupait de l’administration des finances, deniers publics, impôts. La Seigneurie comprenait le Doge, six conseillers et trois chefs de la Quarantia. Le Conseil des dixs’occupait d’actes troublant la paix de l’Etat. La Quarantia était une sorte de tribunal suprême. Il devait se diviser en plusieurs sections dont la Quarantia criminale qui avait compétence sur les délits et les crimes.[3]

La sodomie et la république de Venise

Entre le XIVe siècle et le XVe siècle, la répression de l’homosexualité masculine à Venise est identifiable. Il y aurait une intense répression contre les membres indésirables de la communauté urbaine : sodomites et juifs.[4] La répression de la sodomie est confiée à Venise à deux organes judiciaires : La Quarantia et i Signori di notte. I Signori di notte (police de la nuit) sont des magistrats. A l’origine, ils étaient chargés de la surveillance de Venise la nuit, d’où l’appellation de police de la nuit. Cette instance s'occupait des actes de délinquance notamment vols, assassinats, vagabondage, port d’armes et mœurs. A partir de 1406-1408, le Conseil des dix prend la tête de la répression de la sodomie.[5] En 1408, un organisme s'occupant spécifiquement des délits de sodomie : Collegium subdomitarum fut créé. Ce qui motive bien sûr la répression de l’homosexualité masculine est principalement les condamnations de la Bible et des pères de l’Eglise. Il faut citer notamment le célèbre chapitre XIX de la Genèse[6] sur la destruction de Sodome. Donc, on pense que les actes de sodomie font peser sur la ville, une possible colère divine. De ce fait, le sodomite est un criminel contre la collectivité. Le 31 juillet 1420, toujours le Conseil des dix émit le vœu d'extirper de la marine vénitienne le vice contre nature.[7] : la sodomie à bord d’un bateau de la marine, pourrait attirer la colère de Dieu sur toute la flotte.

Les condamnations pour sodomie à Venise aux XIVe et XVe siècle

Entre XIVe et XVe siècle, près de vingt hommes furent poursuivis pour crime de sodomie à Venise. Six d’entre eux furent brûlés, un fut décapité. En 1348, la police de la nuit poursuivit Pietro di Ferrara et Giacomello di Bologna. Le second jugé non consentant et passif, fut acquitté. Pietro di Ferrara estimé corrupteur, mourut sur le bûcher. En 1357, Nicoleto Marmagna et son serviteur Giovanni Braganza furent brûlés tous les deux pour acte contre nature. Toujours en 1357, un homme nommé Nicolo fut condamné à la peine du feu pour viol sur un adolescent. Le cas de Lodovico Sperzialo est intéressant. Il fut accusé d’avoir assassiné son compagnon Antonio Morosini. Lodovico Sperzialo nia les rapports homosexuels. Par contre, Antonio Morosini lui aurait fait des propositions et ceci expliquerait son acte. Le conseil des dix accepta cet argument et il fut libéré. Ce type d’argument est classique. Ainsi, en France, au début du XIXe siècle, le marquis de Custine agressé par des soldats, vit sa plainte se retourner contre lui quand ces agresseurs dirent qu’il s’agissait de corriger un pédéraste.[8] En avril 1419, Nicolo de Candido fut envoyé au bûcher pour avoir sodomisé plusieurs adolescents.[9] Visiblement, le fait de faire pratiquer la sodomie et de corrompre des adolescents conduisait plus sûrement l’auteur de l’acte au bûcher.

La répression de la sodomie à Venise aux Trecento et Quattrocento (XVe siècle) est une réalité. Cependant, les poursuites semblent limitées numériquement. De plus, la répression judiciaire ne constitue qu’un aspect de l’histoire de l’homosexualité. Ceci n'empêche pas qu’une vie homosexuelle puisse exister.[10]

 Notes :

[1] Voir Sandra Boeringher, Thierry Eloi, Flora Leroy Forgeot, « Italie » in Louis Georges Tin (dir.), Dictionnaire de l’homophobie, Paris, PUF, 2003, p. 249

[2] Voir Flora Leroy Forgeot, Histoire juridique de l’homosexualité en Europe, Paris, PUF, 1997, p. 40

[3] voir Charles Diehl, La république de Venise, Paris, Flammarion, 1985, p. 103-113

[4]Flora Leroy Forgeot, Histoire juridique de l’homosexualité en Europe…op. cit., p. 40

[5] Romano Canosa, Storia di una grande paura : la sodomia a Firenze e a Venezia nel Quattrocento, Milano, Feltrinelli, 1991, p. 100

[6] Voir Bible Ancien Testament Genèse Chapitre XIX

[7]Romano Canosa, Storia di una grande paura : la sodomia a Firenze e a Venezia nel Quattrocento…op. cit., p. 103

[8]Voir l’article de Didier Godard sur le site suite 101

[9]Tous ces cas sont cités par Romano Canosa, Storia di una grande paura : la sodomia a Firenze e a Venezia nel Quattrocento…op. cit.

[10] Voir pour ceci Didier Godard, L’autre faust : l’homosexualité masculine pendant la Renaissance, Béziers, H&O, 2001 ou Didier Godard, Le goût de Monsieur : l’homosexualité masculine au XVIIe siècle, Béziers, H&O, 2002

 

Thierry Pastorello

 




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