Le mariage d'amour existait-il au Moyen Age

 

Le mariage d'amour existait-il au Moyen Âge ?


Les romans historiques d'aujourd'hui et les contes de fée de notre enfance nous ont marqués par leur romantisme : l’histoire de la jeune fille pauvre qui épouse un prince, rendu fou d’amour par sa beauté, voilà l’image que l’on se fait du mariage au Moyen Âge. Toutefois, est-ce vraiment la réalité?  Les gens de cette époque se mariaient-ils parce qu’ils étaient guidés par leurs sentiments ou est-ce une invention? Si l’on considère les rôles sociaux des hommes et des femmes de l’époque, l’intervention des parents dans l’organisation du mariage de même que l’influence de la cour d’amour, on s’aperçoit en effet que la raison qui poussait une femme et un homme à s’unir devant l’autel était pour le moins pragmatique et dépourvue du moindre sentiment.

L’être humain étant grégaire par nature, il est normal que la société impose ses pressions quant au mariage. Ainsi, les raisons qui poussent les gens du Moyen Âge à se marier sont étroitement liées aux rôles sociaux que jouent l’homme et la femme de l’époque, ce qui n’a nullement rapport à l’amour.

Imprégnée de la religion chrétienne, l’opinion publique considère les femmes comme des "occasions de péché" et ce, depuis Ève. Il est donc du devoir de l’homme de sauver le sexe féminin des flammes de l’enfer en faisant d’elle une mère.  Or, au Moyen Âge, il est impossible de réaliser ce devoir sacré hors des liens du mariage.  Ainsi, comme le déclare Chaucer : « (…) Les chevaliers n’ont qu’un seul remède pour vaincre ces corrompues et corruptrices : le mariage.  En effet, ce dernier désarme totalement la femme en la rendant mère. »1  Les devoirs religieux sont très importants pendant l’époque médiévale, assez pour pousser des célibataires endurcis au mariage.

Une fois la femme devenue mère, elle remplit sa fonction dans le mariage : celle de fournir un héritier à son mari. En effet, les enfants sont très importants, à un point tel qu’avant la réforme grégorienne, l’homme est dans son droit de répudier une femme qui n’a pas enfanté.  On ne retrouve pas de tels comportements dans les mariages d’amour.

Finalement, les vieux garçons ou vieilles filles sont très rares; on ne les retrouve que dans le domaine religieux. En effet, « comme la vie sociale et économique est organisée en fonction du couple, selon une répartition traditionnelle des tâches »2 , il n’est pas à l’avantage de quiconque de rester célibataire.  C’est donc dire qu’on se marie la plupart du temps par nécessité, parce que la vie l’exige, et non pas par amour.

Il ne faut pas non plus négliger, dans la décision de se marier, l’apport de la famille qui joue un rôle fort important. Bien souvent, ils décident du promis ou de la promise de leur enfant quand celui-ci est tout jeune bien que, selon la réforme grégorienne, les deux époux doivent consentir au mariage pour que celui-ci ait lieu. En pratique, toutefois, la situation est différente : les jeunes gens qui se marient sans l’approbation de leurs parents sont souvent déshérités.  Cela n’arrive pas souvent car, comme on le dit : « L’obéissance vaut mieux en mariage que la passion. »3  En fait, bien qu’il soit mal vu de se marier au-dessus de son rang, les parents se servaient de leurs enfants comme d’une monnaie d’échange qui augmentait la fortune familiale ainsi que son prestige. Dans le cas des nobles, le mariage des filles se négociait comme une terre.  Il s’imposait parfois même par le rapt qui, bien qu’il ait eu tendance à s’éteindre progressivement, resta une pratique courante tout au long du Moyen Âge.

En outre, la mort commande parfois le mariage. On se marie parce qu’on a perdu sa mère ou son père, et que l’on veut perpétuer le nom de ses géniteurs.  On retrouve au Moyen Âge, surtout immédiatement après les périodes de la peste, cette urgence à procréer, à assurer la survie de l’espèce humaine.  Donc, pour obéir à ses parents ou en l’honneur de ceux-ci, on met de côté ses sentiments pour s’allier à celui qui a été choisi pour soi.

Comme dans toute bonne société, ce sont les nobles qui instaurent les traditions.  Au Moyen Âge, ceux-ci suivaient le code de l’amour courtois et plus précisément, dans le sud de la France, le fin'amor.  Ces règles déterminaient la façon d’aimer et de conserver la passion entre deux êtres. Or, la règle la plus importante… est que l’amour est toujours adultère.  Pour les nobles, l’amour et le mariage sont deux choses incompatibles, puisque l’hymen est toujours organisé pour des raisons politiques ou monétaires. Ces raisons pratiques rendent inintéressantes l’idée de l’amour dans le mariage et enlèvent tout romantisme. Ainsi, les nobles et le fin’amor apportent la preuve que les sentiments dans le mariage n’existent tout simplement pas.

À la lumière de ces arguments, il est facile de s’apercevoir que le mariage au Moyen Âge n’est pas une affaire d’amour.  Il suffit de constater que l’organisation religieuse et sociale de l’époque exigeaient une vie de couple, que la famille y était pour beaucoup dans le choix de l’époux et que le fin’amor n’encourageait pas l’idée de l’amour dans le mariage.  Il aurait été intéressant d’étudier l’évolution du concept de mariage depuis le Moyen Âge jusqu’à notre époque.  Qui sait si nous n’y retrouverions pas un fil conducteur qui nous permettrait d’envisager l’avenir des relations entre les hommes et les femmes…


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