Tout l'argent de Brandes


Jusqu’au 31 août 2009 – Alpe-d’Huez.



Les secrets d’un village minier construit dans le Dauphiné au XIIe siècle et brutalement déserté deux cents ans plus tard.


Entre le Xe et le milieu du XIVe siècle, période d’accroissement démographique, d’extension des surfaces agricoles, de développement urbain et d’intenses échanges commerciaux, les métaux prirent une importance croissante pour la fabrication d’outils, d’armements, pour les monuments, les canalisations… Parmi eux, l’argent, synonyme de monnayage, était le plus précieux. Le musée d’Huez et de l’Oisans, à l’Alpe-d’Huez, en Isère, consacre au site médiéval des mines d’argent du village de Brandes une belle exposition, résultat de 30 campagnes de fouilles, qui fait découvrir non seulement l’exploitation minière mais aussi la vie quotidienne d’une bourgade minière au Moyen Age – caractérisée semble-t-il par une grande capacité d’autonomie politique et une structure sociale forte.
Construit visiblement pour durer au moment où l’exploitation de la mine commençait (vers la seconde moitié du XIIe siècle), le village de Brandes semble avoir été déserté soudainement au début du XIVe, lorsque l’entreprise d’extraction dut être abandonnée – la mine, inondée et éboulée, était devenue inexploitable. Ce « village fantôme » fit naître, jusqu’au xixe siècle, nombre de légendes auxquelles les fouilles entreprises en 1899 par l’archéologue dauphinois Hippolyte Müller mirent fin, révélant en retour l’intérêt scientifique exceptionnel du site. Abandonné depuis cinq cents ans, les lieux s’offraient d’autant mieux à l’étude.
Située dans le Dauphiné – terre d’empire au moment de son exploitation –, la mine de plomb argentifère de Brandes alimentait à la fin du Moyen Age les ateliers monétaires du Dauphin. L’extraction du minerai s’y faisait par percussion (comme en témoignent burins, coins, masses…) et par le feu. La bourgade construite sur le site était fortifiée. Elle comprenait une église paroissiale ; des habitations d’une pièce, très proches les unes des autres (sans doute en raison de la rudesse du climat) ; des ateliers métallurgiques et des aménagements hydrauliques.
Autour de l’église Saint-Nicolas, on a retrouvé un cimetière avec près de 200 squelettes. Les morts étaient inhumés en pleine terre, habillés et peutêtre entourés d’un linceul. Aucun mobilier funéraire ne les accompagnait. L’étude anthropologique a montré un pourcentage équilibré d’hommes, de femmes et d’enfants. L’analyse des ossements a révélé, par certaines déformations (mains malformées notamment), que la plupart des habitants étaient mineurs ou métallurgistes et que les enfants travaillaient jeunes.
La longue période d’enneigement ne permettait pas, visiblement, de pratiquer à Brandes la culture céréalière. On cultivait en revanche dans des jardins des légumineuses (lentilles, pois, fèves). L’élevage y tenait une place importante : celui des mulets était indispensable pour le transport de minerais, de nourriture, de charbon. La multitude d’accessoires découverts (boucles de ceinture en bronze, épingles à cheveux en argent, pions de jeux d’échecs…) témoigne de la relative richesse des habitants, qui grâce à l’argent extrait de la mine pouvaient aussi se fournir des marchandises produites ailleurs (comme des perles ou boutons en pâte de verre colorée). Il n’y a plus d’argent à Brandes, mais une autre source de richesse : la neige (ou or blanc !), nouveau facteur de richesse pour les communautés montagnardes…
Juliette Rigondet

 
informations

Jusqu’au 31 août 2009 au musée d’Huez et de l’Oisans, route de la Poste, 38750 l’Alpe-d’Huez.
Rens.: www.musee.alpedhuez.com/  

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