Introduction

Les souterrains-refuges (poliorcétique,architecture, archéologie, ethnologie) fortifiés ou non (Antiquité, Moyen Âge et jusqu'au XVIIe siècle) se trouvent un peu partout en France, mais avec une densité plus importante dans l'Ouest, le Nord et le Sud-ouest. Fréquemment de modestes dimensions, ils se caractérisent par une succession de petites salles reliées entre elles par des couloirs étroits et bas dans lesquels on ne pouvait progresser qu'en se courbant fortement, voire seulement à quatre pattes. Ces souterrains ne présentaient généralement pas de continuité et se terminaient donc en cul-de-sac (on ne connait que quelques très rares exemples de souterrains-refuges possédant une galerie de fuite) Creusés généralement en sol rocheux et à faible profondeur sous la surface (2 à 4 mètres) ces souterrains servirent à abriter pour de courtes périodes (probablement quelques jours) des familles de paysans qui cherchaient à se protéger des exactions des troupes ennemies de passage dans la région. On accédait à ces caches souterraines soit par des puits de descente verticaux, soit par d'étroits escaliers. En surface, les entrées pouvaient être dissimulées par une trappe sous des bottes de paille, des fagots de bois ou bien du fumier. Dans quelques cas, lorsque le souterrain-refuge communiquait avec des constructions de surface (château, manoir, bâtiments de ferme) l'entrée du souterrain pouvait être cachée de façon plus élaborée et utiliser les maçonneries des bâtiments de surface : escalier dissimulé dans l'épaisseur d'un mur ou dans l'angle obscur d'une cave, derrière une porte dérobée, etc. Certains souterrains-refuges étaient accessibles par un puits à eau traditionnel: après quelques mètres de descente le long d'une corde, une étroite lucarne s'ouvrait dans les parois du puits. Cette chatière franchie, on prenait pied dans le souterrain. C'est le cas du réseau souterrain qui s'étend sous le centre du village de Balâtre (Somme) et dont l'un des accès se faisait à partir d'un des puits communaux.

Dimensions intérieures

Les souterrains-refuges ne présentent jamais de salles et couloirs de grandes dimensions. L'étroitesse des couloirs d'accès et de communication constituait un des éléments défensifs. Il est en effet rare que l'on puisse se tenir entièrement debout dans un couloir de communication: on n'y progresse le plus souvent qu'en courbant le dos. La hauteur moyenne y est d'un mètre quarante à un mètre cinquante. Quant à la largeur des ces couloirs (soixante à quatre-vingt-dix centimètres) elle est juste suffisante pour laisser passer un homme. Fréquemment, les couloirs sont bien plus étroits dans leur partie basse qu'à leur voûte : il y a juste la largeur suffisante pour poser les pieds. Quant aux salles -qui sont des lieux de séjour temporaire- leur hauteur permet à peine de s'y tenir debout et leur superficie est réduite (de quatre à vingt mètres carrés) Ces dimensions exigües se justifient pour les raisons suivantes :

  1. S'agissant de lieux destinés à abriter un séjour temporaire et très précaire, il n'était nul besoin d'excaver de grands espaces et volumes.
  2. creuser des salles et couloirs de petites dimensions permettait d'avoir moins de roche à creuser et à déblayer.
  3. L'exigüité (surtout celle des couloirs de communication) entravait fortement la progression de l'assaillant. En effet, si celui-ci était parvenu à forcer l'entrée du souterrain et à y pénétrer, il devait y progresser dans une posture défavorable qui entravait considérablement ses mouvements(on peut difficilement faire usage de son arme lorsqu'on marche complètement courbé ou, pire, lorsqu'on doit progresser accroupi voire à quatre pattes...) Dans ces attitudes gênantes, l'assaillant devenait vulnérable aux coups que les défenseurs du souterrain pouvaient lui porter à travers des trous de visée (meurtrières creusées dans la roche et qui faisaient communiquer des salles de défense avec les couloirs d'accès).

Aération

De nombreux souterrains-refuges étaient dotés de conduits d'aération. Ceux-ci, de très faible diamètre, étaient forés verticalement dans la voûte des salles et débouchaient au ras du sol, à l'extérieur. Ils permettaient une ventilation du souterrain, par simple appel d'air entre les différentes salles et la surface. Ces conduits d'aération apportaient de l'air frais aux occupants du souterrain, surtout lorsque ceux-ci étaient nombreux et devaient séjourner plusieurs jours sous terre. Cet apport d'air par les conduits de ventilation pouvait également générer une faible surpression dans le souterrain, suffisante pour mettre ses occupants à l'abri des tentatives d'enfumage (avec de la paille humide enflammée) de l'attaquant. Certains de ces trous d'aération servirent de cheminée, permettant aux réfugiés d'allumer un maigre feu pour se réchauffer ou faire cuire quelques aliments (Ceci est attesté dans de nombreux souterrains qui possèdent des conduits d'aération comportant des traces de foyers et de suie).

Alimentation en eau

Afin de pallier le besoin d'eau, certains souterrains-refuges disposaient d'un puits mais, beaucoup plus fréquemment, c'était de petits bassins évidés dans le sol rocheux qui servaient à recueillir l'eau suintant des parois.

Moyens défensifs 

Divers obstacles passifs empêchaient la progression d'un ennemi qui aurait découvert l'entrée de la cache : portes de bois, barrages de forts madriers empilés horizontalement et dont les extrémités étaient glissées dans des saignées verticales creusées dans les parois latérales du passage, puits-pièges dissimulés au débouché d'un couloir. Un autre dispositif de défense passive, fort efficace, se retrouve fréquemment dans les souterrain-refuges: les chatières. Ce sont des goulots circulaires forés dans la roche et qui interrompent les couloirs ou interdisent l'accès à certaines salles. Ces chatières constituaient donc un point de passage obligé. Leur diamètre était de quarante à cinquante centimètres, juste assez pour laisser passer un homme de corpulence moyenne. Les chatières ne pouvaient être franchies qu'en reptation et après s'y être engagé tête la première. Au débouché de ce goulot, l'assaillant s'exposait aux coups des défenseurs qui l'attendaient, il devait se remettre impérativement debout pour se retrouver en attitude de combat. Un défenseur déterminé pouvait à lui seul contrôler et défendre efficacement le franchissement d'une chatière. Certaines chatières étaient closes, du côté de l'attaque, par un épais bouchon de pierre de forme conique. La face externe du bouchon venait affleurer la paroi rocheuse, rendant son extraction très difficile. Une chaîne scellée à la face interne du bouchon et dont l'autre extrémité était arrimée à un point fixe, permettait aux défenseurs de rendre le bouchon inextricable sans outillage lourd(levier, masse, burin, barre à mine, pied-de-biche).

Les puits-pièges étaient d'autres dispositifs défensifs souvent installés au débouché des couloirs de circulation. Profonds en moyenne de deux mètres, ces trous étaient creusés en forme de poire, de bouteille, c'est à dire que leurs parois s'évasaient fortement vers le fond. Une telle forme rendait très difficile la remontée, sans aide, d'un homme qui serait tombé dans le piège. L'assaillant qui chutait dans un puits-piège avait de fortes chances de se fracturer un membre ou de se blesser sérieusement (deux mètres de chute verticale). Mais même indemne, il ne pouvait s'extraire seul du trou dont les parois très évasées n'offraient aucun appui à ses pieds qui battaient dans vide.

A partir du XIVe siècle, la défense des souterrains-refuges se perfectionna: aux obstacles passifs traditionnels présentés précédemment, on ajouta des éléments de défense active : particulièrement des trous de visée qui, forés dans les parois, permettaient aux défenseurs de faire usage de pieux, d'arbalètes ou, à partir du XVe siècle, d'armes à feu individuelles (bâtons à feu, hacquebutes puis arquebuses. Ces trous de visée étaient le pendant souterrain des archères et autres meurtrières des fortifications de surface. On les appelle trous de visée car leur orientation -donc leur forage- parfaitement calculée par les bâtisseurs du souterrain, permettait de faire feu au jugé dans l'obscurité en étant pratiquement certain de toucher l'assaillant. En fait, ces trous de visée suppléaient à la visée naturelle de l'œil humain dans des conditions d'éclairage naturel. Ces trous de visée étaient placés généralement en aval ou en amont d'un obstacle : porte, puits-piège, chicane, là où l'assaillant, ralenti ou arrêté par l'obstacle, se trouvait le plus vulnérable.

Autres moyens de défense

Deux excellents spécialistes des souterrains-refuges -Jérome et Laurent Triolet- ont établi que des molosses furent probablement utilisés pour la défense des souterrains. En effet, dans certains réseaux, on constate la présence d'anneaux d'attache creusés dans les parois rocheuses. Ces anneaux sont situés à proximité immédiate d'une porte, généralement en amont de celle-ci. Par ailleurs, la présence de ces anneaux à proximité d'un obstacle s'accompagne fréquemment de traces de griffes sur les parois, ce qui laisse à penser que des animaux furent enchaînés là, afin de défendre la porte. Il s'agissait probablement de chiens de forte taille, de type molosse (les chiens de guerre furent fréquemment utilisés au Moyen-Age et jusqu'au XVIe siècle) spécialement dressés à attaquer dans l'obscurité.

Valeur défensive d'un souterrain-refuge 

Tenter de s'emparer d'un souterrain-refuge présentait un réel risque pour les assaillants qui étaient obligés de progresser quasiment à quatre pattes dans des boyaux inconnus, étroits et obscurs où ils pouvaient à tout moment être atteints d'un coup d'épieu ou d'une décharge d'arquebuse jaillis d'un trou de la paroi, soit être agressés par un puissant chien de guerre totalement à l'aise dans l'obscurité. Tenter de s'emparer d'un souterrain-refuge était donc un risque bien disproportionné par rapport au butin à espérer. En effet, les paysans qui se terraient dans ces refuges étaient très pauvres pour la plupart. Ils n'emportaient avec eux que le strict nécessaire en nourriture ainsi que les quelques pièces de monnaie qui constituaient toutes leurs maigres économies. Lorsque les accès et les salles du réseau souterrain étaient de plus grandes dimensions, les réfugiés purent y faire descendre du petit bétail (chèvres, moutons). En effet, dans de nombreux souterrains, des mangeoires creusées en niches dans les parois attestent que certaines salles servirent à abriter de la nourriture sur pieds (ou plutôt sur pattes). Les souterrains-refuges, habilement aménagés, ont donc constitué une remarquable protection contre les raids de soldats et de pillards qui au Moyen-Age, ravageaient les campagnes pendant et après les conflits (Routiers, Ecorcheurs, Tard-Venus, troupes anglaises voire les soldats de l'ost royal français, etc...) Ces pillards indésirables ne restaient d'ailleurs que fort peu de temps dans les villages où ils passaient. Eventuellement ils bivouaquaient sur place, s'emparaient des objets et de la nourriture que les habitants n'avaient pas pu emmener sous terre, puis repartaient le lendemain ou deux jours après, après avoir incendié quelques masures. Pourquoi ces pillards se seraient-ils risqués dans un souterrain dont ils auraient découvert l'entrée ? Le risque était trop bien connu de ces hommes de sac et de corde. Ils savaient que le jeu n'en valait pas la chandelle: on ne se fait pas tuer pour s'emparer d'une poignées de piécettes de faible valeur, de quelques maigres victuailles ou d'une ou deux femmes à violer.

De par leur fonction défensive remarquablement efficace, les souterrains-refuges ont été très justement qualifiés de "châteaux-forts des pauvres". J. et L. Triolet, auteurs cités précédemment, ont établi, cartes géographiques à l'appui,que les souterrains-refuges se trouvent en plus forte densité dans les régions de plaine qui n'offraient guère de refuges naturels (hauteurs, montagnes, falaises, grottes. On constate également une plus forte densité dans les campagnes ne possédant pas de villes fortifiées ou de châteaux-forts à proximité. Dans ces régions, a priori défavorisées, les paysans, contraints de s'en remettre à eux même pour assurer leur protection, creusèrent en grand nombre leurs châteaux-forts souterrains.

Durée de leur utilisation

Les souterrains refuges furent utilisés dès le haut-moyen âge et jusqu'à une époque récente (guerre de 1914-18). L'utilisation de certains souterrains n'a pu durer qu'une brève période ou, au contraire, s'étaler sur plusieurs siècles: des souterrains-refuges creusés au XIème siècle ont pu très bien être réutilisés et réaménagés lors de la guerre de Cent Ans, puis au XVIème siècle lors des Guerres de Religion et, cent ans plus tard, lors de l'invasion des Suédois.

Souterrains à fonction cultuelle

Les souterrains annulaires à fonction cultuelle (archéologie, ethnologie)(Antiquité, Moyen Âge) se situent dans des zones géologiques particulières. Un groupe de souterrains annulaires est localisé dans la partie nord-ouest des Deux-Sèvres et la partie nord-est de la Vendée (Voir les Bulletins de l'Association pour le développement de l'Archéologie sur Niort et les Environs). Cette région est caractérisée par un sous-sol composé de granite, d'arène granitique ou de schiste, qui est inadapté au forage. De fait, les vastes salles, les couloirs larges sont exclus. D'autres régions comme le Forez et le Velay présentent une densité de souterrains annulaires supérieure à la moyenne nationale. La morphologie des souterrains annulaires semble résulter de ces contraintes techniques imposées par la dureté du sous-sol rocheux. Les souterrains annulaires ne présentent que rarement des aménagements de défense. Leur creusement initial ne semble donc pas avoir été dicté par des impératifs sécuritaires. Si dispositifs défensifs il y a, il est probable qu'il s'agisse d'une réutilisation ultérieure du souterrain annulaire en souterrain-refuge.

Par contre, la vocation cultuelle des "souterrains annulaires", souvent avancée dans les publications, n'est pas confirmée par des découvertes matérielles (statuettes, sculpture des parois...).

 

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