L'horloge astronomique de Prague (1410).

Capitale de la République Tchèque, Prague est une ville au riche passé historique. Parmi les trésors qu'elle recèle, son horloge astronomique tient une place à part. Portrait d'un instrument exceptionnel créé en 1410.

  Prague, 1410, le cadran du calendrier. Au Moyen-Âge les grandes cités connaissent un engouement pour les horloges astronomiques. En France les plus anciennes sont installées à Strasbourg (1354) et Lyon (1379), en Europe on en trouve alors à Lund (1380, Suède) et Wells (1392, Grande-Bretagne). A cette époque l'horloge astronomique est l'un des moyens de montrer l'importance et la richesse d'une ville. On installe à grands frais ces constructions sur les murs des Hôtels de Ville ou des cathédrales, après avoir fait appel aux meilleurs artisans : horlogers bien sûr pour tout ce qui concerne les mécanismes munis de rouages, mais également peintres, sculpteurs et orfèvres pour la décoration. Prague n'échappe pas à cette "fièvre". Sa position en plein cœur de l'Europe Centrale lui vaut d'être depuis le dixième siècle un centre culturel, économique et religieux de premier ordre. Lorsque débute le quinzième siècle, Prague compte déjà 40.000 habitants, ce qui en fait la troisième ville d'Europe.

 Sur le côté sud du beffroi qui se dresse fièrement contre l'Hôtel de ville, les notables confient la réalisation d'une première horloge à Nicolas de Kadau en 1410. Cet ouvrage sera remanié au fil du temps. A la fin du quinzième siècle l'horloge est reconstruite et perfectionnée par Jan Ruze ; une légende pragoise raconte que les notables de la ville firent crever les yeux à ce talentueux maître horloger de peur qu'il n'aille construire une horloge encore plus belle dans une autre ville d'Europe. On ajouta les figurines animées des apôtres au dix-septième siècle et le peintre Josef Manes réalisa de nouveaux disques calendaires au dix-neuvième siècle. Brûlée par les allemands dans leur fuite en 1945, l'horloge a fait l'objet de nouvelles restaurations depuis.

Deux cadrans pour marquer le temps qui passe

 L'horloge se compose de deux grands disques. Le premier, situé en bas de l'horloge, est également le plus récent. Il s'agit d'un calendrier réalisé en 1886 par J. Manes qui permet de connaître le jour de l'année. Les dates sont inscrites sur l'extérieur du disque et défilent très Prague, 1410, Le cadran astronomique et les personnages animés. lentement face à un stylet fixe. Au-dessus du calendrier se trouve le cadran astronomique, le plus ancien et le plus complexe. Il a été conçu en s'appuyant sur les conceptions cosmologiques en cours au quinzième siècle, qui placent alors la Terre au centre de l'Univers. Réalisé à la manière d'un astrolabe, il compte de très nombreuses fonctions qui permettent principalement de connaître les positions et les phases de la Lune et du Soleil, le signe astrologique zodiacal en cours et surtout l'heure. Cette dernière est indiquée selon la mesure du temps en vigueur dans la Bohème médiévale (des journées de 24 heures qui commençaient au lever du Soleil) mais le cadran fournit également l'heure locale en chiffres romains.

La complexité des mécanismes nécessaires au bon fonctionnement des horloges astronomiques réalisées au Moyen-Âge laisse songeur. D'autres réalisations techniques extrêmement complexes les ont pourtant précédées. Le plus bel exemple concerne le calculateur d'Anticythère, qui, un siècle avant Jésus-Christ, fournissait la position du Soleil et de la Lune à l'aide de ses trente engrenages en bronze. Sur l'horloge astronomique de Prague, chaque nouvelle heure débute par le ballet des automates. Quatre figurines se mettent en mouvement de part et d'autre du cadran astronomique, accompagnées par le défilé des apôtres devant deux lucarnes qui s'ouvrent au-dessus du cadran.

 Depuis six siècles l'horloge accompagne la vie des habitants de Prague. L'un des plus célèbres d'entre eux, Johannes Képler, vécut de 1600 à 1612 à quelques centaines de mètres. La capitale de la Bohème attirait alors de nombreux chercheurs, séduits par la protection que leur offrait Rodolphe II, passionné d'art et de sciences. C'est là que Képler inventa les lois de la mécanique céleste qui portent son nom, après avoir croisé un autre astronome exceptionnel, Tycho Brahé, lui aussi réfugié à Prague depuis 1588 et qui y mourut en 1601.

Par Jean-Baptiste Feldmann, Futura-Sciences

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