Le mobilier médiéval

Styles précédents ou préexistants 

Le mobilier médiéval semble rompre partiellement avec la tradition mobilière latine. Toutefois, on remarque une certaine continuité pour le mobilier princier. Le fauteuil de Dagobert, par exemple, est d'inspiration classique de par sa forme en X. De plus, durant tout le haut Moyen Âge, l'art en général et le mobilier en particulier subissent aussi l'influence des cultures barbares, notamment wisigothes et franques.

Esthétique

Principales caractéristiques

Ornementation 

L'ornementation du mobilier médiéval s'inspire de l'architecture du moment. Les coffres et armoires de la période romane sont décorés d'arcs en plein cintre (armoire d'Aubazine) tandis que les meubles de la période gothique arborent des fenestrages ouvragés caractéristiques de cette architecture.

Durant la période romane, l'ornementation de meubles fastueux se limite souvent à un gainage de cuir peint et repoussé. Cela explique en partie que l'on ait retrouvé si peu de meubles de cette époque, car une fois le cuir racorni, le meuble n'offre plus d'intérêt décoratif, d'autant plus que sa forme est passée de mode, et finit donc en bois de chauffage.

Les pentures qui servaient d'abord à renforcer le meuble se sont petit à petit transformées en ornement à part entière, au point que l'on dit parfois que le meuble est à cette époque plus une œuvre de ferronnerie que de charpenterie. Les serrures sont aussi un élément important de la décoration des meubles, et ce jusqu'à la fin de la Renaissance.

Le mobilier est souvent peint, à des fins décoratives bien sûr, mais aussi de finition et de protection du bois.

Le gainage de cuir à l'époque romane donna naissance au XVe siècle à une curieuse mode d'abord en Bourgogne et en Flandres, puis dans toute l'Europe, les panneaux en "parchemin plissé" ou "plis de serviette", comme par exemple sur la cathèdre représentée en début d'article. Cet ornement s'inspire des formes que prend le cuir en se racornissant. On peut voir dans ce goût passéiste une sorte de nostalgie des classes aristocratiques déclinantes face à l'extension du pouvoir royal, à la centralisation progressive de l'État au détriment du modèle féodal et à l'émergence des villes et des bourgeois, ou a contrario, une façon pour ces "nouveaux riches" de s'inventer un passé glorieux.

  • motifs à rinceaux sur les coffres dès le XIIIe siècle (une espèce de spirale)
  • motifs en plis de serviette
  • décoration flamboyante en forme d'arc brisé souvent sur fenestrage à orbe voie.

Mobilier et décoration d'intérieur 

Meubles courants 

Les meubles les plus couramment utilisés au Moyen Âge sont principalement les coffres et les sièges. Il faut cependant nuancer ce propos : on a longtemps cru que ces deux types de meuble étaient les seuls existant jusqu'au XIVe siècle car ce sont les seuls qui furent retrouvés. Or l'iconographie nous montre aussi des tables, des armoires, des placards mais ils ont tous disparu car ils ne sont pas transportables et ont sûrement brûlé dans les nombreux incendies qui touchaient les villes construites en bois, ou ont été perdus lors des guerres qui ont secoué la fin du Moyen Âge. Ces destructions ne sont pas l'apanage du Moyen Âge, et l'on peut citer par exemple l'armoire de la cathédrale de Noyon, splendide armoire sculptée et polychrome du XIIIe siècle décrite par Viollet-le-Duc et détruite lors du bombardement de la ville en 1918.

  • Coffre :
    • au XIIIe siècle le coffre est sur pieds avec pentures décorées de motifs à rinceaux
    • au XVe siècle le coffre est recouvert d'une tablette et sert de table; il possède des décorations flamboyantes avec fenestrage à orbe voie comme les arcs brisés en accolade.
    • chez les paysans, le coffre nommé huche, sert à la fois de rangement et de banc[1].
  • Table : c'est une planche sur tréteaux, d'où l'expression « dresser la table »
  • Lit : il est très large mais court car on dort assis par peur de la mort, la position couchée étant celle du gisant.
    • la structure en châlit assemblé en queue d'aronde.
    • surmonté d'un dais en bois.
    • entouré de courtines : le terme doit son nom à l'enceinte de château fort; à partir du XVe siècle, on les appellera rideaux.
  • Banc : il est recouvert d'étoffe.
  • Dressoir : est une prolongation du coffre avec tiroir sans poignée appelé layette. Il comporte un soubassement et des pieds, un espace de rangement dans la partie supérieure avec vantail à porte. Les panneaux sont décorés de plis de serviette et de quadrilobes.

Nouveaux meubles

À partir du milieu du XIVe siècle, le mobilier se diversifie et devient de plus en plus luxueux, à mesure qu'augmentent les fortunes des commerçants urbains et des hommes de cour.

C'est à cette époque que sont créés de nombreux types de meuble dont certains sont encore utilisés de nos jours :

  • La crédence : en relevant le coffre à hauteur d'homme et en plaçant des portes en façade, par souci d'"ergonomie", on obtint la crédence. Ce meuble prit une utilité particulière. Installé dans la salle à manger, il servait à mettre sous clef les aliments, en attente d'être servis après qu'on les eût goûtés pour rechercher d'éventuels poisons. C'est de cette pratique que vient l'expression "faire crédence". De meuble utilitaire, elle est devenue un meuble d'apparat et servait à présenter la vaisselle. C'est l'ancêtre de nos vaisseliers et buffets modernes
  • la chayère : il s'agit d'un siège du XIIe siècle, d'abord réservé aux rois, puis aux ecclésiastiques. Il comporte un marchepied et, en guise de décoration, des oculus et des arcades. On trouve des représentations de la chayère du roi Dagobert. Au XIIIe siècle, elle se transforme progressivement en chaire.
  • La chaire : (XIIIe siècle ) siège en bois à haut dossier et aux accotoirs pleins réservée au maître de maison. Elle est sans dais jusqu'au XVe siècle
  • Le faudesteuil : sorte de tabouret.

Matériaux

Au Moyen Âge, le choix d'un matériau dépend autant de considérations techniques et économiques que de la charge symbolique du matériau. Par exemple, le noyer ne fut utilisé que très tardivement malgré ses avantages certains, en particulier pour la sculpture, du fait de sa connotation négative : en effet, il s'agit d'un arbre très toxique pour les autres végétaux.

Les essences les plus employées étaient le chêne et le sapin, ainsi que les espèces indigènes du lieu de fabrication du meuble (fruitiers, tilleul, aulne, châtaignier, frêne…).

Le peuplier, qui sera plus tard très employé pour des meubles de qualité inférieure, n'existe pas encore en Europe.

Les métaux sont aussi très présents : l'acier pour la construction, le ferrage et le renfort des meubles, le cuivre, l'étain, la feuille d'or, et les émaux pour l'ornementation du mobilier princier ou cultuel.

On note aussi l'utilisation de l'ivoire pour des petits objets ou accessoires (valve de miroir, peignes, coffrets, châsse reliquaire) mais aussi parfois pour des meubles entiers comme le trône de Saint-Maximin (VIe siècle). Les meubles, on l'a vu, peuvent aussi être gainés de cuir.

Beaucoup de meubles sont recouverts d'étoffes qui en sont leur principale ornementation.

Techniques et outillage 

Comme beaucoup d'objets de cette époque, le mobilier médiéval a souffert de nombreux préjugés (on a même pu lire au début du XIXe siècle que les meubles à tenons et mortaises représentés sur les enluminures n'étaient que des vues d'artiste et ne pouvaient être réalisés avec les techniques d'époque) et il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour voir des études sérieuses réalisées sur les sources documentaires, iconographiques et surtout archéologiques.

Les techniques 

L'étude des meubles qui nous sont parvenus et de l'iconographie ont révélé deux grands types de construction ainsi que des techniques plus marginales :


  • à pentures : de fortes barres de fer renforcent les assemblages à plat joint et tourillons. Ce type de construction est caractéristique des périodes romane et gothique précoce.
  • à tenon et mortaise : cet assemblage est connu depuis l'Antiquité; il est resté utilisé durant tout le Haut Moyen Âge comme en témoigne le pupitre de Sainte Radegonde daté très officiellement du VIe siècle. Puis vient une période où le peu de pièces archéologiques ne nous permet pas de dresser une histoire précise de l'utilisation du tenon et de la mortaise, mais où cet assemblage semble moins utilisé. On le trouve sporadiquement notamment dans une série de coffres alpestres en sapin datés du XIIe siècle, puis il semble réapparaître à la fin du XIIIe sièclearmoire d'Aubazine. En fait, il est peu concevable que cet assemblage ait été réinventé ex nihilo au XIIIe siècle, et même s'il semble que l'assemblage à plat joint ait dominé la fabrication des meubles domestiques, les tenon et mortaise ont très sûrement subsisté jusqu'à cette époque. Il sera ensuite très populaire au XIVe siècle et surtout au XVe siècle. Associé au panneau embrevé en rainure, il permet une utilisation plus rationnelle du bois, et un allègement important des meubles de cette époque. où il est utilisé pour la fabrication de l'
  • l'assemblage des carcasses de coffres à queue d'aronde se répand à la toute fin du XVe siècle, mais cette technique était déjà utilisée antérieurement pour des assemblages d'éléments de meuble, comme par exemple les portes de l'armoire d'Aubazine.
  • on peut citer aussi d'autres techniques de fabrication plus marginales et plus rustiques, comme le creusement de troncs entiers pour réaliser des coffres ou des sièges, ou des caisses faites de planches maintenues par de la corde.
  • sur les buffets et le dais des chaires on retrouve des clefs.

Les outils 

Saint Joseph dans son atelier (env 1425)

Les sources sont ici plus nombreuses et permettent de se faire une idée très précise de la caisse à outils du charpentier médiéval. Les images de Saint Joseph constituent une source inépuisable de représentations d'outils du Moyen Âge. On aperçoit dans l'exemple ci-contre : un marteau, des tenailles, une gouge, une doloire (petite hache), une boîte à chevilles, un vilebrequin, une scie à bois, un couteau et une tarière. On peut aussi remarquer que Joseph travaille assis.

Les pièces d'archéologie nous donnent aussi de précieux renseignements pour peu que l'on décrypte les traces laissées par les outils; citons par exemple deux des meubles emblématiques de l'époque :

Tous ces outils figurent encore en bonne place dans les ateliers modernes, et mise à part la mécanisation puis l'électrification, l'outillage du menuisier n'a que très peu évolué depuis.

La colle

Parmi les idées reçues concernant le travail du bois au Moyen Âge, la plus tenace est que les artisans ne connaissaient pas la colle. Or le moine Theophilus note au XIIe siècle dans son De diversis artibus que les charpentiers (dans l'acceptation historique du terme qui regroupe aussi les menuisiers, les huchiers, les charrons…) utilisaient différentes colles (de poisson, de fromage, de lait, de peau). Il signale aussi que la colle de poisson est fabriquée à base de vessie natatoire d'esturgeon, et c'est encore de nos jours la matière première des meilleures colles, ce qui tend à prouver que les colles sont connues et utilisées depuis bien longtemps pour arriver à un tel degré de perfection. Signalons de plus que les techniques artisanales ne sont pas un sujet habituel de la littérature de l'époque, ce qui explique le manque de sources documentaires avant celles-ci.

Les produits de finition 

Dans ce domaine, nous n’avons aucune certitude, mais tout de même de fortes présomptions. Nous ne disposons pas de textes à ce sujet, et les traces archéologiques ne nous sont d’aucune utilité dans la mesure ou les finitions peuvent être postérieures à l’époque étudiée. Néanmoins il est vraisemblable que les meubles en bois brut étaient cirés à la cire d’abeille, et les ustensiles (manches d’outils, couverts…) étaient huilés.

Un doute subsiste quant au mode d’application de la cire : était-elle étalée au moyen d’une cale de liège ou d’un chiffon qui liquéfiait mécaniquement la cire par le frottement, ou était-elle appliquée diluée dans un médium (alcool ou térébenthine) ? Si les dérivés pétroliers étaient connus et utilisés en Occident au Moyen Âge, la première méthode semble pourtant la plus vraisemblable car elle a été décrite au XVIe siècle, l’essence de térébenthine n’apparaissant qu'au XIXe siècle dans les traités d’ébénisterie.

Pour finir, comme nous l’avons déjà vu, les meubles, ustensiles et œuvres d’art en bois étaient bien souvent peints ou gainés de cuir, ce qui constitue aussi une finition.

Bibliographie

  • Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du Mobilier français de l'époque carolingienne à la renaissance", 1858 - Domaine public
  • Monique Blanc, Le mobilier français/Moyen Âge-Renaissance, éd. Massin, Paris, 1999, ISBN : 2-7072-0346-7
  • Jacqueline Boccador, Le mobilier français du Moyen Âge à la Renaissance, éd. Monelle Hayot, Paris, 1988
  • François Germond, Les assemblages du meuble avant l'époque gothique dans Métiers d'art, revue de la SEMA n°26/27, Paris, octobre 1984
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